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À la guerre comme à la guerre par Katia Elkaim



Comme moi, vous vous demandez ce que l’on peut faire pour faire quelque chose dans cette guerre où nous nous sentons d’une impuissance paralysante.

Les gouvernements des pays de l’OTAN, en particulier l’UE et les USA ont décidé de ne pas envoyer de troupes et d’imposer des sanctions exemplaires à la Russie et à ses dirigeants.

Ne pas envoyer de troupes donne un sentiment de lâcheté, mais en y regardant de plus près, on comprend assez vite que le risque d’embrasement est tel que la force militaire doit rester le dernier recours, car la vérité est qu’une mobilisation fait des morts et des blessés et que vous, comme moi, n’avons nulle envie de voir nos fils et nos maris enrôlés pour se battre, parce que la guerre c’est cela !

Et puis, se battre contre un ennemi au 21ème siècle n’est pas qu’une bataille à coup de missiles et de tanks, même si, reconnaissons-le, les Ukrainiens aujourd’hui me rétorqueraient à juste titre, que cette rhétorique leur fait une belle jambe quand certains se demandent comment fabriquer des cocktails Molotov.

La réalité est que cette guerre, Poutine l’a préparée depuis bien longtemps et sur tous les fronts.

Il y en a un en particulier celui du cyberespace.

Lorsque nous pensons au préfixe cyber, nous pensons automatiquement au hacking. Personne n’est épargné par ce fléau qui expose les données de millions de gens, souvent au nom d’une idéologie libertaire pour les plus vertueux, mais qui en réalité regroupe souvent une organisation de malfaiteurs qui monnaient à grand prix des données sensibles utiles à des groupes peu recommandables ou des gouvernements.

C’est ainsi que le hacker russe type est souvent semblable à son stéréotype, un geek doué et autodidacte qui, pour améliorer son ordinaire, pirate des données délicates et les vend au plus offrant. Ces hackers sont récupérés par les services de renseignements russes, peut-être contre monnaie sonnante et trébuchante ou peut-être contre la promesse d’une absence de sanctions.

Mais il y a plus : La Russie compte des écoles très performantes et des génies informatiques bien utilisés.

C’est ainsi que l’on pense savoir que ces manipulateurs de données et d’informations sensibles ont influé sur l’élection présidentielle américaine de 2016 en sabotant l’image d’Hillary Clinton au moment opportun et ont influé sur le vote britannique en faveur du Brexit.

Le groupe Nobelium, une émanation des services secrets russes ont ainsi hacké sans que cela ne se voie pendant des mois l’entreprise SolarWinds, une entreprise américaine de tech de données et d’information. Cette entreprise comptait de nombreux clients structurels essentiels pour les USA, dont plusieurs agences gouvernementales.

À l’insu de son plein gré, SolarWinds a ainsi envoyé à ses clients une mise à jour logicielle qui contenait un code permettant aux pirates d’entrer comme dans un moulin dans les serveurs des hôtes. Le Président Trump a accusé la Chine. Les experts forensiques pointent vers la Russie.

Sous couvert de motifs plus nobles – et bien de chez nous – le jeune Lucernois Tillie Kottmann, 21 ans au moment des faits, a mis en ligne le 9 mars 2021, en quelques heures seulement les images de près de 150'000 caméras de surveillance hackées non seulement dans des entreprises privées mais aussi dans des prisons haute sécurité, comme la prison de Huntsville.

Et puis soudain, dans cette guerre qui nous paraît insaisissable et dans laquelle les gouvernements semblent constamment pris de vitesse, le groupe Anonymous, l’équivalent dans le cybermonde d’Extinction Rébellion pour le climat, à tout le moins dans son organisation décentralisée, prend position pour l’Ukraine et déclare sur l’un de ses comptes Twitter « être officiellement en Cyberguerre contre le gouvernement russe ».

Ils revendiquent déjà avoir bloqué la chaîne de télévision russe d’info continue RT et planifier d’autres attaques contre le Kremlin.

Mais qui sont ces « Anonymous » ? Comme déjà dit, il s’agit d’un groupe décentralisé et non organisé. Chaque hacker qui se réclame de leur idéologie peut organiser une action en se revendiquant du mouvement.

Leur credo : La liberté d’expression et la désobéissance civile pour y parvenir. On compte à leur actif la cyberlutte non seulement contre l’État islamique et le soutien au Printemps arabe, mais également des attaques contre des entités ou des entreprises jugées agressives ou corrompues.

Autant dire que c’est avec une sorte de jubilation un peu malsaine, que l’on accueille avec plaisir un Tweet qui semble dire qu’eux, des civils qui savent faite quelque chose, nous représentent un peu dans cet affrontement et vont prendre les choses en main. À eux de jouer sur le cyberterrain avec des armes comparables.

Seulement voilà, dans cette guerre de l’information et de la désinformation, comment savoir si nous ne sommes pas une fois encore victimes d’une intox.

Au fond, la question n’est pas de savoir si nous sommes en pleine paranoïa ou pas mais plutôt de se rendre compte que ce conflit se passe sur tous les fronts et que plus que jamais, nous devons nous efforcer de sortir de nos bulles cognitives pour vérifier, autant que faire se peut, les faits dont nous sommes abreuvés, croiser les sources et identifier les auteurs des articles que nous lisons.

La liberté est aussi à ce prix.


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