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A quoi rêvent les robots ? par Katia Elkaim



Spot !

C’est le nom du chien robot développé par Boston Dynamics, désormais en vente sur le site de l’entreprise. Il suffit d’un clic et de quelques économies – pas mal d’économies - pour mettre cet animal dans votre caddie virtuel.


L’acquéreur de cette merveille de technologie peut choisir entre trois versions, dont le point commun est sans doute une allure de sauterelle assez laide : une masse d’acier de couleur jaune industriel avec quatre pattes. Clairement, la communication axe sur le caractère travailleur de la bête, même si dans le petit film de présentation, Spot et son congénère - qui doit aussi s’appeler Spot - se couchent de manière très « chien fidèle » au pied d’un maître, lequel nous fait ressentir la satisfaction d’une journée de labeur accomplie. Subtilement, le fabricant instille en nous l’idée que la vocation de Spot est aussi d’être un animal de compagnie, même si son physique ingrat est à des années-lumière d’une boule de poil au ventre rose.


D’ailleurs, quelques tours de souris plus bas, on tombe sur un robot encore plus étonnant : « Atlas », un humanoïde qui fait des roulades et des pas de gymnastique artistique. C’est tellement bluffant qu’on finit par y voir une jeune athlète déguisée en soldat de Dark Vador.


Mais revenons à Spot et à ses futurs maîtres qui n’auront pas besoin de lui apprendre la propreté, ni de le dresser à rester dans son panier sans pleurer ou à revenir lorsqu’on l’appelle au lieu de courir d’un air impertinent à l’autre bout du jardin.


Peut-être que, dans un avenir pas si lointain, les seuls animaux que nos enfants pourront voir dans un zoo seront des insectes, mais pas l’abeille, qui aura disparu depuis longtemps, comme les 26300 espèces qui s’éteignent chaque année. Qui sait ce qui remplacera le rhinocéros lorsqu’il aura totalement été éradiqué de cette terre dans moins de quelques dizaines d’années si, comme aujourd’hui, mille de ces grands animaux sont tués chaque jour pour leur corne ? Est-ce qu’un éléphant appelé « Jumbo » transportera avec sa trompe de métal des tonnes de troncs d’arbre à la place des tracteurs qui ont déjà remplacé en partie ses congénères de chair et de sang ? Va-t-on raconter aux petits l’histoire « d’Isengrin » le loup mécanique, vague réminiscence de la version originale, qui poursuit dans la forêt – mais y aura-t-il encore une forêt ? - Teddy Pippo, l’ourson blanc virtuel ?


Oui, c’est un fantastique sujet de réflexion pour un écrivain d’anticipation ; oui, mais c’est trop tard, parce qu’on y est désormais et qu’en 1966 Philip K. Dick, le génial auteur de « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques » avait déjà mis en scène un monde vidé de ses animaux, remplacés par des machines, et le rêve d’un homme d’acquérir un mouton vivant. Dans ce roman, adapté au cinéma sous le titre culte de « Blade runner », le héros utilise un test d’empathie pour différencier les androïdes des humains. Or, l’empathie - qui est la capacité non seulement de ressentir les émotions de l’autre mais aussi celle de les partager et de s’identifier à la personne qui souffre - semble être un attribut tellement humain qu’il nous paraît impensable, même à un auteur de science-fiction, d’imaginer qu’une machine puisse en être douée et pourtant…


Ce que l’histoire nous apprend est que l’humain est toujours été rattrapé par l’humain lui-même. En 1966, la télévision en couleur n’était pas accessible en Europe et il a fallu encore longtemps se lever de son canapé pour changer de chaîne. Pourtant, trois ans plus tard, on marchait sur la lune. Comment ne pas être convaincu que l’empathie, la tristesse ou l’amour sont des composantes structurelles humaines essentielles et qu’elles ne seront jamais l’apanage des machines ? L’histoire nous apprend que les humains que nous sommes, avons déjà enseigné à des robots la manière d’imiter la manifestation de ces émotions de manière appropriée, comme Spot qui va se coucher au pied de son maître, reproduisant l’expression de l’animal en vie qui se repose.

Si dire que la réalité a dépassé la fiction est devenu un lieu commun, attendons de voir quand nous pourrons à nouveau dire que la fiction a repris le dessus.


Pour plus d’information :

www.bostondynamics.com

Philip K. Dick : Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques

Blade runner : Ridley Scott, 1982

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