Alphacoach par Stéphane Zrehen

- Bonjour Docteur.
- Bonjour Monsieur Perret. Merci d’être venu à l’heure. J’ai trouvé votre message intrigant : vous me dites avoir besoin d’une thérapie pour un problème non-conventionnel. Pourriez-vous m’expliquer ce que vous entendez par là ?
- C’est très simple Docteur : je n’arrive pas à me sevrer d’Alphacoach.
- Alphacoach ? Je ne sais pas ce que c’est. Je suis essentiellement spécialisé dans l’addictologie, mais je n’en ai jamais entendu parler. C’est une nouvelle drogue ?
- En quelque sorte. La pire d’entre elles, celle dont on n’a aucune chance de sortir !
- Pouvez-vous m’expliquer ce qu’est Alphacoach ?
- Ils font pourtant de la pub partout. C’est le nouveau service dont le nombre d’utilisateurs double presque chaque semaine depuis un an. C’est un coach permanent, qui vous dit quoi faire à chaque instant de votre vie, si vous prenez la formule « all inclusive ».
- Vous voulez dire, un chaperon, un ange gardien sous forme de robot ?
- Non, pas du tout. J’ai toute une série d’implants : un haut-parleur collé entre mon scalp et mon crâne, un émetteur dans le gras de la fesse, un micro dans le palais, et une pile indéfiniment rechargeable dans mon estomac. Et mes cornées ont été remplacées par des cornées artificielles avec une caméra et un émetteur. Et tout ça communique en permanence avec la centrale. Et dans la centrale, ce sont des algorithmes d’intelligence artificielle qui interprètent les signaux et vous renvoient des conseils vocaux.
- Vous pouvez me montrer ?
- Bien sûr : regardez mon palais, dis-je en tirant la langue. Vous voyez bien le renflement. Et puis touchez ici, au-dessus de l’oreille. Vous sentez le haut-parleur ? Il fait vibrer les os de mon crâne. Et je peux écouter de la musique ou n’importe quoi sans que personne n’entende rien.
- En effet, c’est étonnant. Et alors, que vous renvoie la Centrale ?
- Ben au début, c’était un complément à une application de rencontres. Vous comprenez, ma femme m’a quitté il y a deux ans, et je n’ai jamais été un grand séducteur. Alors j’ai cherché des conseils, et je suis tombé sur Alphacoach. Ils avaient ce système d’implants couplé à une intelligence artificielle qui avait été mise au point par une équipe d’experts du comportement humain. Ils prétendaient pouvoir décoder la personnalité profonde de n’importe qui en moins de cinq minutes. Et mieux encore, ils proposaient aussi le conseil en conversation pour tirer le meilleur profit de la situation.
Comme j’étais un des premiers à m’inscrire, ils m’ont utilisé comme cobaye, du coup, je n’ai pas payé les opérations. En échange, je devais tout transmettre en continu. Bon, je ne suis pas trop pudique alors ça ne me gênait pas.
Dès le premier rencart, j’ai été bluffé. C’était une jolie brune de quarante ans, récemment divorcée. On s’était donné rendez-vous, à sa suggestion, dans un restaurant Lyonnais