« Arrêtez le monde, je veux descendre… » par Katia Elkaim

(english below)


Aux nouvelles de ce matin, la disparition de Guy Bedos comme un clin d’œil ; aurait-il été exaucé ?

Le monde ne s’est pas arrêté, il a juste fait une escale de quelques semaines, une sorte de répétition générale pour tester nos habitudes. Quoi de plus fascinant que de voir comment les passagers de ce navire ont occupé leur temps ? Certains sont restés tout près, harcelant sans répit le capitaine de peur de le voir appareiller sans eux ou vers une destination inconnue. D’autres au contraire, harcelant le capitaine tout autant, craignent justement que l’embarcation ne reprenne son cap d’origine. D’autres encore en ont juste profité pour souffler, visiter les lieux et se refaire une santé.

Mais voilà qu’aujourd’hui la sirène retentit. Le monde a remis ses moteurs en marche, appelant de toute part les humains éparpillés. Les premiers arrivent à grandes enjambées, pressés de retrouver la frénésie du départ, la rapidité des poignées de main qui scellent tous les accords et la cohue des camelots de tout bois ; mais il y en a d’autres qui s’inquiètent, mus par des envies contradictoires : ceux qui naviguent à vue, ceux pour qui le fait d’avancer un jour après l’autre est un mode vie, tous ceux qui se demandent s’ils pourront s’offrir un repas à bord ou s’ils vont être réduits à mendier. Enfin, quelques-uns timides, aimeraient beaucoup, pensée magique, que le monde reste à quai encore un peu, parce que cela fait très longtemps qu’ils n’ont pas fait l’école buissonnière, peut-être même jamais. Pas de factures à payer immédiatement, pas le stress d’habiller les enfants pour l’école, pas besoin de travailler le matin si on est du soir, pas besoin de socialiser quand on préfère rester chez soi, aucune nécessité de faire du sport : bref, pas de culpabilité à ne rien faire ! Même les blasés y ont trouvé leur compte, le supermarché est devenu une aventure plaisante. Alors, beaucoup se posent la question : Faut-il vraiment rembarquer ?

ENGLISH

"Stop the world, I want to get off..."

In the news this morning, the disappearance of Guy Bedos like a small sign from the afterlife; has his wish been granted?

The world did not stop, it just made a stopover of a few weeks, a kind of dress rehearsal to test our habits. Therefore, what could be more fascinating than witnessing how the passengers of this ship occupied their time?

Some stayed close by, relentlessly harassing the captain out of fear of seeing him sail without them or to an unknown destination. Others, harassing the captain just as much, but out of fear that the boat would return to its original course. And others just took the opportunity to take a break, visit the area and get healthy.

But now the siren is sounding. The world has restarted its engines, calling out to the scattered humans.

The first ones arrive in a hurry, eager to get back to the frenzy of departure, the swift handshakes that seal all deals, and the rush of all sorts of junk; others worry, driven by conflicting desires: the ones who sail on sight, those for whom moving forward one day at a time is a way of life, all those who wonder if they will be able to afford a meal on board or if they will be reduced to begging. Finally, there are a few people, timidly, who would like very much to magically keep the world docked a little longer, because it has been a very long time since they have played hooky, maybe even never. No bills to pay immediately, no stress of getting the kids dressed for school, no need to work in the morning if you're a night owl, no need to socialize when you would rather stay at home, no need to exercise: in short, no need to feel guilty about not doing anything! Even the jaded ones have found it to their advantage, the supermarkets have become a delightful adventure.

So, many are asking: Should we really go back?

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