C'est pas que pour les chiens par Nigel Roth


Si vous vivez à Kiwirrkurra, et que soudainement, vous ne pouvez vous passer d’aller boire un café crème, il vous faudra aller jusqu’à la ville voisine et parcourir cent kilomètres à travers le désert de Gibson et la frontière de l'État du Territoire du Nord pour satisfaire votre envie.


Sur le trajet - et selon l'heure de la journée – vous parviendrez peut-être, si vous conduisez prudemment, à observer quelques occupants des lieux, en particulier des numbats, des dunnarts, des phascogales et des quolls. Vous ne croiserez pas en revanche leur plus proche parent, le thylacine, parce que le dernier spécimen de cette espèce a fini ses jours à l’abandon dans un zoo de Hobart, en 1936, après avoir été capturé dans la forêt tropicale de la vallée de la Florentine, tranquillement installé au milieu de la myrrhe, des pins-céleri, du sassafras et des maroquiniers.


Comme ce dernier thylacine montrait des signes de détresse, les autorités de Tasmanie, qui ne s'étaient auparavant guère préoccupées de ce marsupial, décidèrent de prendre des mesures prétendument actives, et déclarèrent l'espèce protégée. Deux mois plus tard, l'animal était mort.


Et c’en fut fini ; on ne revit plus aucun autre thylacine - ou tigre de Tasmanie, comme on l'appelait familièrement – depuis lors.


Cela ne mit pourtant pas fin aux spéculations selon lesquelles les thylacines seraient encore de ce monde. Les rapports d’observation au sujet de cet animal pullulent, comme les photos ou les vidéos. Aucune de ces images n’est pourtant concluante et il s’agit le plus souvent de simples chiens galeux.


On observe le même phénomène au sujet d’autres animaux disparus. On pense au mammouth sibérien, avec ses grandes défenses blanches recourbées et son pelage châtain foncé, qui a été vu errant dans la toundra et a fait l'objet de rumeurs de clonage d'ADN très jurassicparkesques, ou encore à la tourte voyageuse, dont le dernier

exemplaire serait mort à Cincinnati en 1914, mais qui a continué à être repérée bien après.

Autre exemple, le dauphin du Yangtsé, éteint en 2006, revu en 2007, mais une seule fois, ou le pivert à bec d'ivoire, déclaré définitivement trépassé dans les années 1920 mais signalé encore en 2005 par une équipe de l'université de Cornell. Le grizzly mexicain, censé disparu en 1964, existerait encore aujourd'hui, dit-on, dans la campagne mexicaine, ou l’espèce la plus éteinte de toutes, le gouvernant responsable, que nous espérons tous revoir bientôt.


Et puis il y a David Ingram, qui décida en 1568 - peut-être pour siroter une tasse de thé avec des compatriotes - de traverser l'Amérique du Nord à pied, après avoir échoué son bateau dans le golfe du Mexique à la suite d’une bataille navale. Après avoir beaucoup marché, il parvint au Cap Breton, au Canada et en devint le premier Européen à avoir traversé le continent sans même essayer.


Si son périple est en soi fascinant, ce qu'Ingram dit avoir vu au cours de sa promenade est encore plus étonnant.


Il raconta avoir vu des royaumes et des villes comme Balma, Ochala, Bega et Gunda, et rencontré des dirigeants justes et réfléchis qui régnaient sur de vastes richesses grâce à d’immenses ressources naturelles, comme le cuivre, l'argent, l'or et les rubis. Il conta les populations qu’il a croisées et avec lesquels il a interagi, et décrivit comment elles vivaient au quotidien, parlant d’anciennes cérémonies religieuses, de costumes diaboliques et de danseurs fous aux visages orange vif.

Il évoqua aussi d'énormes bêtes avec des défenses, qui étaient des "ennemis naturels du cheval" animaux qu’il appela "Eliphantes".


On pourrait céder au penchant de traiter le récit d'Ingram avec le même enthousiasme que recueillit au début Marco Polo et ses balades, ou Hermann Melville et ses chasses à la baleine - qu’on lui prêtait plutôt dans sa baignoire - ou une constitution écrite qui accorde vraiment la liberté, l'égalité et la démocratie à tous. Mais comme Ingram a également parfaitement décrit d'autres animaux comme le bison et le grand pingouin et qu'il n'avait jamais vu d'éléphant auparavant – et savait donc d’autant moins s’ils étaient vivants ou morts - il s’agit ici d’un reportage convaincant, bien que difficile à croire.

Et pourtant, il semblerait qu’il y ait bel et bien des espèces qui reviennent de l'extinction. Citons le chien chanteur de Nouvelle-Guinée, éteint à l'état sauvage depuis plus de cinquante ans, et maintenant revenu d'entre les morts.


Le chien ne chante pas vraiment, pas plus que moi en tout cas, mais il jodle, un peu comme une baleine. Vous pouvez le voir et l’entendre en captivité, alors que jusqu'en 2016, on le pensait disparu.


Tout comme la communauté de Kiwirrkurra, ces revenants récemment redécouverts vivent dans des confins incroyablement lointains, près des mines de Grasberg dans les hautes terres de Nouvelle-Guinée, en Indonésie où un écosystème protégé leur a donné un sanctuaire naturel pour leur permettre de s'épanouir. Des comparaisons d'ADN effectuées il y a quelques années à peine, confirment que ces animaux sont d’authentiques descendants des chiens chanteurs, et qu'ils pourraient faire un chœur harmonieux avec les meilleurs d'entre eux.


Il nous a fallu soixante-six millions d'années pour comprendre que le coelacanthe, le chien chanteur, est distinct des autres chiens, tout en nous offrant un aperçu de la vie des chiens archaïques.


Le prix de la survie revient donc aux chiens, qui n'auront pas besoin de faire cloner leur ADN pour être ramenés du bord de l'abîme.


Les autres espèces, comme le thylacine perdu depuis longtemps, le puissant mammouth, la pauvre tourte voyageuse ou l’animal le plus menacé de tous, le politicien qui fait vraiment la différence, ne sont pas aussi chanceuses.

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