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Chews wisely (version française) par Nigel Roth

Mis à jour : mars 3


Oh mes amis, êtes-vous certains de vouloir lire cette histoire ? Vous pouvez fermer votre ordinateur portable ou poser votre téléphone. Ne songez même pas aller plus avant.


Vous êtes toujours là, je vois. Bon, vous avez été prévenus.


Daniel Lambert est né en 1770, dans la maison de ses parents à Blue Boar Lane, Leicester, dans une famille confortable qui travaillait au service de Harry Grey, le 4e comte de Stamford.


Deux ans plus tard, un homme appelé Tarrare vint aussi au monde. Apparemment, il serait né dans une famille de paysans quelque part près de Lyon. Sa date de naissance exacte ne nous est pas parvenue. Nous ne connaissons même pas son nom complet, juste Tarrare, et cela fera l’affaire.


Alors que Lambert devenait un homme fort, passionné par des sports comme la chasse à la loutre, la pêche au saumon, la chasse au lièvre et au cerf, les courses de chevaux rapides et l'élevage de chiens de valeur, Tarrare, lui, était contraint par ses parents à quitter le foyer familial, désespérés qu’ils étaient par le coût de son entretien, ne voyant pas comment nourrir l'adolescent ne serait-ce qu'un jour de plus.


Alors que Lambert mangeait sainement mais sans excès, et prenait malgré tout du poids, même en respirant, l'appétit de Tarrare était sans limite, avec des habitudes alimentaires carrément répugnantes. Pourtant il ne prenait pas un gramme.


À l'âge de vingt-et-un ans, Lambert, qui vivait confortablement, succéda à son père comme gardien à la prison de Bridewell, à Leicester. Loyal, il était très apprécié.


À l’inverse, Tararre menait une vie peu conventionnelle.


Expulsé de chez lui, le jeune homme, dont l'apparence à première vue était ordinaire, se retrouva seul et sans toit. Il s’acoquina alors à une troupe de théâtre composée de voleurs, d'escrocs et de belles de nuit, qui lui procurèrent néanmoins le gîte et le couvert. Pendant les spectacles, le public était dévalisé par ces pickpockets.


Tarrare était l’attraction vedette, un homme qui pouvait manger n'importe quoi.


Quelques années après son arrivée à Leicester, le poids de Lambert avait atteint le seuil des deux cents kilos. Il tenta de se consacrer à santé en faisant des activités de remise en forme. Il marchait parfois onze kilomètres d'un coup en devançant même ses compagnons. Comme il était très fort, il pouvait facilement soulever deux cent cinquante kilos, tout en étant malgré tout incroyablement agile et souple. Il enseignait même la natation, parvenant à "se maintenir à flot avec deux hommes adultes assis sur son dos".


Pendant ce temps, la vie de Tarrrare prenait un tour différent.


Une partie de l'attrait de son numéro avec la bande de voleurs était de manger ce qu'on lui lançait, ce qu'il faisait sans broncher, en consommant avec avidité des objets étranges comme des bouchons et des pierres, et des aliments plus évidents comme des pommes, bien qu'il en ait mangé un panier entier d'un seul coup. Un jour, Tarrare mangea quelque chose qui ne lui convint pas et fut hospitalisé brièvement et soigné à grand renfort de laxatifs.


Les problèmes de Lambert commencèrent lorsqu'il perdit son gagne-pain. Les prisons traditionnelles fermaient en faveur du travail forcé, et bien qu'il ait reçu une rente pour ses services exceptionnels à la prison de Bridewell, il se retrouva sans emploi. Même si la prime n'était pas négligeable, elle était néanmoins insuffisante pour couvrir ses frais courants. En raison de son immense corpulence, il était impossible pour lui de retrouver quelque chose et il sombra dans la dépression.


Tarrare, à l'inverse, toujours mince, avait rejoint l'Armée révolutionnaire française, où on lui donna quatre fois la ration alimentaire habituelle des soldats, ce qui ne suffisait guère à soulager sa faim inextinguible.