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Cliché instantané par Nigel Roth

Mis à jour : mars 2


Jenny sirotait son sherry-oak Macallan. Elle y avait pris goût lors de ses études à Londres et troqué sa faim contre cette méditation liquide. Jenny avait financé ses études universitaire, en partie grâce aux économies qu’elle avait engrangées par son activité antérieure de comptable, et en partie grâce à l’aide de son père, un avocat virtuel de v-New York. Elle avait fini par reprendre ses études, une fois adulte prenant avec elle un goût pour le vieux whisky.

Pendant son séjour à v-Londres, il lui fut parfois difficile de mener ses études à bien. La conjonction entre une vie cybernétique en pyjama, un compte bancaire débordant et la livraison d'alcool par drone une heure après sa commande, avait été “presque” trop difficile à gérer. Au cours des trois années qu’elle y avait passé, Jenny a souvent hésité à rentrer chez elle, pour se résoudre à ce MBA à Londres, qui lui confèrerait un statut et la richesse qui allait avec.

La nuit où elle quitta Simon fut la pire et la meilleure de sa vie d’étudiante, comme le sont souvent les ruptures.

Lentement, par le biais de déjeuners de part et d’autre d’une barrière en verre, et de promenades socialement distantes, Simon avait rapidement commencé à prendre en charge la vie de Jenny. Il changea sa garde-robe, l’encourageant à la légèreté et supprimant la laine. Il avait repeint sa chambre à coucher en utilisant l'application Roomovator, expliquant à la jeune femme, en des termes qu’il lui semblait qu’elle pourrait saisir, que l'orange activait son chakra sexuel et le bleu ne le faisait tout simplement pas. Il lui préparait des aliments qui devaient l’aider à combattre le virus, à repousser les envies de chocolat en milieu de soirée et à renforcer sa détermination à terminer l'année d'étude restante. Il avait même dressé une liste d'épices à utiliser en certaine quantité dans les plats qu'elle se cuisinait, vantant les valeurs de chacune et les signes à rechercher si l'épice n'était pas en synergie avec son système digestif.

Alors que Jenny s'était toujours efforcée de vivre sainement, elle consentait néanmoins à changer des choses pour vivre mieux encore, en ces temps de pandémie, mais elle commençait à penser à Simon comme à un dictateur. De plus en plus souvent, elle travaillait en mode caché pour éviter tout contact avec lui.

La goutte d'eau qui avait fait déborder le vase fut la fête au Fétiche.

Simon avait tout organisé, ses vêtements, sa coiffure, ses chaussures et la couleur de son vernis à ongles. Il avait aussi choisi le modèle de son casque Oculus X-RAYtd pour, “profiter de l'expérience de la nuit”.

"Nous allons nous assurer de nous souvenir de cette nuit pour toujours", lui avait-il dit, et cela l'avait terriblement ennuyée, sans qu’elle ne puisse mettre le doigt sur la raison de cette réticence.

Lorsqu'elle était sortie du taxi, un photographe capturait ses mouvements. Simon n’était pas loin derrière et murmurait quelque chose qu’elle n’entendait pas bien. Lorsque Jenny avait embrassé une dénommée Lucy et un certain Tom avec passion et une certaine langueur, une caméra flasha près de son visage. Lorsque Jenny avait dansé sur scène, lascivement, montrant son corps dans la douceur du pantalon en latex que Simon avait choisi pour elle, les mots de ce dernier, indistincts accompagnaient les clics de l’appareil.

Jenny commanda un autre whisky, et je fis de même; elle poursuivit son histoire.

Alors que la nuit au Fétiche s’achevait, le photographe et Simon demandèrent à Jenny de les attendre le temps qu'ils discutent avec une fille aux yeux d’un violet profond. Jenny s’était donc assise seule au bar, ressentant au fond d’elle-même une écoeurante impression de violence passive, tenant dans ses mains l'appareil photo. Elle avait soudain pris conscience de sa tenue, le pantalon, le haut en latex, les chaussures à talons avec les boucles bleues et les orteils ouverts, et elle ne l’avait pas détestée. Elle était partagée entre un mélange de dégoût et de plaisir.

Simon et le photographe étaient revenus. "Il y a un endroit que la fille connaît, pour finir la soirée. Allons y maintenant."

Jenny rendit l'appareil photo à son propriétaire et déclara qu’elle préférait rentrer. Elle voulait bien continuer à faire la fête, mais pas avec Simon. Elle s’en était allée sans attendre.

C’était la dernière fois qu'elle l’avait vu, m'a-t-elle dit. Elle retira ses choix de peinture du filtre de la pièce, rangea les vêtements dans une boîte et supprima toutes les listes de Simon et les événements qu’il avait inscrits dans son calendrier.

Sept ans plus tard, alors que Jenny travaillait dans le v-Austin un soir, une publicité pour la mise à jour du "Memory-Keeper