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Dialogue entre nous par Katia Elkaim



Le matin j’écoute la radio ; et ce matin-là, c’est d’une oreille distraite que j’ai entendu l’animatrice parler d’une pièce de théâtre, pendant masculin, dit-on, des cultissimes "Monologues du vagin" d’Eve Ensler. Cette pièce, appelée "Conversation avec mon pénis", apprendrai-je bien plus tard sur Google, met en scène deux protagonistes dont l’un, le pénis est joué par une femme.

Mettant mon déficit d’attention et ma brosse à dent de côté, j’ai d’abord essayé de comprendre de quoi il retournait. Ma première pensée, je le confesse, fut de me dire qu’il était pour le moins curieux qu’un organe si typiquement associé au genre masculin soit représenté par une femme, pour ensuite me demander si au fond, dans le questionnement de genre actuel, cela avait véritablement une importance.

Bref, dans ma brume matinale, jonglant entre ma tasse de café et mes lentilles de contact, je n’avais rien compris de ce qui se tramait, parce que je n’avais écouté que partiellement le reportage.

En cessant toute activité parasite, je finis par capter qu’il s’agissait d’une pièce de théâtre – dont le nom m’échappait sur le moment, pardon aux auteurs – mais qui mettait en scène un dialogue entre un homme et son pénis, ledit pénis étant joué par une comédienne habillée dans un costume de pénis qu’elle a décrit avec beaucoup de précision pour le cas où on aurait eu un doute sur la représentation de l’objet.

Et là, oh surprise, à ma question intérieure de savoir si cette pièce me tentait, ma réponse tout aussi intérieure a été catégorique : Non !

Non, parce que je me fiche de connaître le dialogue entre le cerveau d’un homme et son organe génital. C’est un dialogue qui lui appartient et que ne veux partager qu’en privé ; et de me demander dans la foulée pourquoi les luttes d’aujourd’hui, auxquelles je m’associe très souvent, impliquent forcément une négation, voire carrément un rejet de la pudeur.

La pudeur est-elle aujourd’hui associée à la pudibonderie, à l’oppression de la femme ? En tout cas elle est ringarde.

Une très chère amie avec laquelle je débattais de la question me disait que c’était tout de la faute des réseaux sociaux, parce que dès le moment où l’on poste son repas ou sa photo dans une baignoire, on devient de plus en plus insensible à l’intimité. C’est un phénomène connu que la confrontation à la violence insensibilise. Est-ce qu’il en va de même avec les choses intimes ? Plus on se met en scène, plus on partage, moins serait-on est gêné ?

La pudeur n’est pas la marque d’une arrière-garde réactionnaire, elle est le jardin secret de chaque être, cet endroit qui nous appartient et que l’on ne partage qu’avec soi-même ou des élus qui ne peuvent se sentir qu’honorés de cet échange, preuve d’une confiance et d’une aise à nulle autre pareille. La pudeur n’a pas de genre, c’est une affaire individuelle. Une affaire du genre humain.

Je peux débattre avec vous des heures de sexe ou des inconvénients de la puberté, de la ménopause ou de l’andropause mais je n’ai nullement besoin d’agrémenter le débat par l’étalage de mon sexe ou de ma puberté.

J’entends déjà certains d’entre vous me dire qu’il ne s’agit pas de désinhibition mais d’une revendication. C’est un argument. Si je comprends tout à fait la revendication de ne pas être socialement lié ou liée à un genre -j’y reviendrai –je ne vois pas que l’exposition d’un embarras gastrique, de menstruations ou celle d’une érection matinale apporte au débat car, et je vous livre un scoop, nous vivons tous, chacun dans son genre physique des phénomènes similaires et, superscoop, certains sont même communs aux hommes et aux femmes.


J’ai promis que je reviendrai sur la question de l’absence de genre social.


C’est un peu une digression, je vous l’accorde, mais il se trouve que tout ce qui précède m’a conduit à cette réflexion et à ce que j’en ai retiré.

Certains, je crois – et je peux même m’y associer – ont un genre physique assigné à la naissance dans lequel ils sont souvent, rarement ou tout le temps à l’aise, mais refusent d’être défini socialement par ce même genre. Je suis une personne ! Mes origines, ma couleur de peau, mon degré d’éducation, mon histoire, mon genre assigné à la naissance, aucun de ces éléments en soi ne suffit à me définir et chacun de ces éléments ajoutés aux autres me distingue. Pourquoi donc devrais-je accorder plus de poids à mon sexe féminin dans lequel je suis physiquement née qu’au fait que ma famille est partiellement originaire d’une contrée exotique ?


Cette digression me ramène naturellement à la pudeur car finalement pour certains, la question du ressenti par rapport à son genre est une affaire personnelle, comme l’importance que l’on choisit d’accorder ou de ne pas accorder à cette composante de notre personnalité. Au fond quel que soit le genre physique assigné à la naissance, pourquoi dois-je en société être identifié ou identifiée à ce même genre ? Pourquoi ne pourrais-je pas choisir ou précisément ne pas choisir ?

Ce qui est embarrassant c’est que dans cette indéniable phase de transition sociale, on doive absolument indiquer nos choix en la matière, alors qu’il serait tellement plus simple de simplement être, tout le reste demeurant dans cette fameuse sphère privée dont on galvaude tant les mérites.


Alors, en attendant les rencontres de la diarrhée ou l’association du vomi, je vais poursuivre dans mes pensées et attendre que d’autres, vous, m’en appreniez plus.


Photo by Brett Sayles

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