Hareng Noir par Nigel Roth


C’est en 1799, dans la cité de l'amour fraternel, Philadelphie, que le racisme moderne a pris sa source.

Ce fut le fait d'un seul homme qui collectionnait des crânes. Chaque fois qu'il recevait un crâne, il le polissait soigneusement, décrivait l'origine géographique de son propriétaire et le remplissait de billes de plomb. Lorsqu'il avait bourré le crâne du maximum de billes possible, il en notait la capacité.

Pour cet homme, Samuel George Morton, cette mesure était la démonstration de la capacité intellectuelle des différentes races. Il en avait répertorié cinq : les "Caucasiens" (blancs), les plus intellectuels, les "Mongols" (ou Asiatiques de l'Est), les "Asiatiques du Sud-Est", les "Amérindiens" et les "Ethiopiens" (noirs), les moins intelligents.

Pourquoi dans cet ordre ?

Tout simplement parce que la provenance des crânes qu’il recevait était décrite de façon très vague. Si un "Hollandais" très grand avec une grosse tête mourait et que son crâne avait le malheur de croiser Morton et ses petites billes, les Caucasiens étaient enregistrés comme ayant des capacités et une intelligence supérieure. Si le crâne d'un jeune individu, prétendument "Africain" était livré, Morton le cataloguait comme ayant des facultés intellectuelles plus faibles, sans égard au fait que le crâne était celui d’un enfant ou d’une personne de petite taille.

Jeune, vieux, homme, femme, origine ou le dernier endroit où la personne a vécu quand elle est morte ; rien de tout cela n'avait d'importance aux yeux de ce pseudo-scientifique. Si Morton avait gardé ses théories pour lui et était mort convaincu qu’un Écossais atteint de macrocéphalie était un génie - et donc que la "race" tout entière était géniale - cela aurait été parfait.

Malheureusement, le 12 avril 1861, Pierre Gustave Toutant-Beauregard a été chargé d'attaquer Fort Sumter avec son régiment d'artillerie. S’en est ensuivie la guerre de Sécession, avec au centre des préoccupations, l'esclavage !

Si l'économie, le mode de vie et l'autonomie sont souvent cités comme motifs de cette guerre civile, c'est en réalité plus pour continuer à asservir les Africains que les Confédérés se battaient. Et quelle était la justification scientifique de l'esclavage des Africains, et non des Caucasiens, des Asiatiques ou des Amérindiens ?

Dix sur dix, lecteur à grand crâne !

160 ans plus tard, quand dans certains endroits du monde, vous remplissez un formulaire où on vous demande de cocher une case sur une liste de races, c’est en grande partie à cause de Morton.

Pourtant, toutes les études scientifiques montrent que nous ne sommes tout simplement pas de races différentes. En fait, nous sommes plus proches les uns des autres que les chimpanzés ne le sont d’autres chimpanzés : il y a plus de variations génétiques chez ce primate que chez l'homo sapiens.

L’évolution vers des couleurs de peau différentes, des variations de forme de visage, de taille ou d'épaisseur de cheveux, est due à de minuscules modifications de notre patrimoine génétique au cours des millénaires en partant d’un génome humain de base. Un de nos congénères, un bâton à la main, est parti d’Afrique pour coloniser la planète.

Depuis ce voyage, nous nous sommes enrichis de vies culturelles différentes et de modes de vie différents ; nous avons créé des religions et des traditions en formant des communautés, en aimant et en débattant. Ce faisant, nous nous sommes également engagés dans ce processus d'étiquetage, et c'est contre cet étiquetage que nous devons nous battre aujourd'hui.

La notion de race est une imposture ; le défi, c’est l’étiquetage.

Ce qu’il est encore plus important de retenir, c'est que même si tout cela est fascinant - et que Morton est responsable de l'étiquetage - et le monde depuis lors complice du maintien de ces étiquettes - rien de tout cela n'a vraiment d'importance.

Rien de ce que je viens d'écrire n'a d'importance.

Parce que lorsque vous êtes assassiné, écrasé par un genou au niveau de votre cou ou abattu parce que vous êtes autiste ou encore arrêté parce que votre profil correspond à une étiquette, c'est parce que cette étiquette définit qui vous êtes et conditionne les réactions de ceux qui sont incapables de prendre du recul et de voir ces étiquettes pour ce qu'elles sont.

Quant à moi qui suis étiqueté "blanc/caucasien" par la société, je peux tout au plus me contenter de mettre en lumière cette "science" sans fondement et en parler avec dégoût, parce que l'étiquette que l’on m'a collée ne me permet pas de comprendre ce qu’un autre étiquetage fait subir à un autre, ni comment chaque moment de sa vie est affecté par les conclusions absurdes d’un seul, il y a plus d'un siècle.

Mais je suis heureux que vous m’ayez lu jusqu'à la fin.

Nigel Roth

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