Je t'aime moi non plus: le sondage par Katia Elkaim



Comment savoir si l’on est aimé ?


Nous serions tous prêts à payer, du plus petit au plus grand, pour avoir une réponse à cette question existentielle.


Évidemment, le plus simple est de s’adresser directement à son entourage, mais il y a quand même fort à parier que personne ne répondra par la négative, à l’exception des goujats.


En plus, à moins d’être masochiste, qui se risquerait à poser ce genre de question à un ennemi ?


Il n’y a au fond qu’un moyen d’être fixé, c’est de faire un sondage.


Vous pensez que c’est une plaisanterie ? Pas du tout et sans que nous n’en soyons conscients, c’est exactement le procédé choisi lorsque nous publions la date de notre anniversaire sur les réseaux sociaux.


Si l’on y réfléchit de plus près, que fête-t-on ? Les contractions de nos mères qui, pour les moins chanceuses, se sont terminées sans anesthésie par l’expulsion d’un nouvel humain dans un flot de sang ? Parce que franchement, à y regarder de près, notre arrivée dans ce bas-monde n’a rien d’exceptionnel ; nous naissons aux quatre coins du monde, tous les jours, dans des cliniques huppées ou dans de huttes. Même les hyènes parviennent à enfanter. Cependant, depuis l’avènement des réseaux sociaux, cet événement d’une banalité démoralisante sert de prétexte à la plus grande des désillusions, celle qui consiste à mesurer l’amour que l’on nous porte à l’aune de notre popularité.


Avant, en ce jour, pourtant partagé par quelques millions, certains s’attendaient à recevoir une attention particulière, alors que d’autres le craignaient comme la peste car il révélait mieux qu’un papier photographique l’inanité de leur vie et la vacuité de leurs relations sociales. Mais maintenant, tout a changé. Depuis que ce jour de gloire, mortellement commun est publié, chacun a droit à ses 24 heures de notoriété.


Et l’on compte, parce que ça compte !


Ces vœux sont très révélateurs, notamment par la publicité qui en est faite.

Avant, celui qui voulait recevoir cet hommage annuel devait soit frontalement annoncer son anniversaire à la cantonade soit, plus subtilement, le suggérer à un cercle restreint de familiers qui s’empressaient de diffuser la nouvelle avant d’ânonner quelques vœux, comme les fées sur le berceau de la Belle au bois dormant.


Maintenant, tout le monde est informé au saut du lit que Marlène ou Jacques est la personne du jour. Reste la question de ce que nous tirons de cette information.


Il y a les premiers qui n’en font rien - comme moi le plus souvent - et là, de deux choses l’une : soit, de manière générale, nous décidons de ne pas céder à cette nouvelle mode - encore moi - et donc notre silence ne signifie rien, soit au contraire – parfois moi - nous sélectionnons les destinataires de nos commentaires et, dans ce cas, l’absence d’un « bon anniversaire » est un message indiquant en substance au fêté, que nous n’avons que faire de lui et de son sort.


Dans l’autre catégorie, celle de ceux qui se fendent d’une communication, il y a ceux qui ne portent pas plus d’intérêt à la personne, mais cèdent au mouvement général par courtoisie ou par pitié, et se contentent d’un petit « bon anniversaire » accompagné d’un emoji suggéré par leur smartphone (moi parfois aussi).


Enfin, il y a ceux qui élaborent des vœux sophistiqués et là aussi se détachent deux groupes : Ceux qui aiment vraiment et mettent leur créativité au service de ce jour exceptionnel en publiant photos et messages disant de mille manières « Passe une bonne journée » et ce, quel que soit le jour de la semaine et sans égard pour le fait que l’on soit en plein travail ou au milieu d’une pandémie ; et ceux qui, n’en ont au fond rien à faire mais espèrent une réciprocité le jour de leur propre anniversaire.


Conclusion : dans trois cas sur quatre, les vœux que vous recevez ne signifient rien du tout. CQFD !


La seule suggestion qui me vient ici en tête est que si vous aimez quelqu’un, dites-le-lui sans attendre, de toutes les manières possibles et tous les jours, CQFD aussi.



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