Jeu de la vérité : Du détecteur de mensonge au logiciel de profiling par Katia Elkaim




De nos jours, l’information – c’est un lieu commun que de le dire - circule à la vitesse de l’éclair et avec elle son lot de rumeurs. Le mensonge est partout et la vérité n’est qu’un vœu pieux, même si beaucoup prétendent porter son étendard à coup de déclarations péremptoires.

Le COVID, par son impact, reste une source extraordinaire de diffusion des fantasmes les plus endurcis.

L’intox qui a fait le plus d’adeptes est celle selon laquelle le COVID serait né de la 5G, laquelle par ailleurs affaiblirait le système immunitaire des gens en permettant l’invasion du virus, qui, entre nous, se débrouille très bien sans ce vecteur. Selon l’extension web « NewsGuard », qui s’est donnée pour mission de mettre le journalisme au service de la vérification factuelle, en analysant la crédibilité des sites d'information en Europe et aux États-Unis, cette théorie serait apparue pour la première fois en janvier 2020 sur un blog français complotiste, “Les Moutons Enragés”.

L’autre rumeur persistante est celle selon laquelle le coronavirus se serait échappé d’un labo chinois de manière fortuite, avec pour preuve le fait que le génome du virus contiendrait une séquence d’ADN du HIV. En France, la propagation de cette pseudo-hypothèse a été facilitée par le Pr Luc Montagnier, co-lauréat du prix Nobel de médecine en 2008 pour avoir découvert le virus du sida. En réalité, cette théorie provient initialement d’un article publié sur le site BioRxiv.org, plateforme qui permet à des scientifiques de partager des études avant de passer par la moulinette de la revue scientifique et des pairs. En l’espèce, les auteurs de la source de cette désinformation ont retiré leur article deux jours après sa publication. Il semblerait même que la séquence ADN précitée serait très fréquente et se retrouverait également dans d’autres virus.

Dernier exemple, le vaccin de Bill Gates contiendrait une puce électronique de traçage ; de quoi ? On ne sait pas très bien mais, en tous cas, nous serions plus mieux tracés encore que ce que nous arrivons à faire tous seuls en naviguant du matin au soir sur les réseaux sociaux.

Ce « hoax » est quant à lui né des différents projets menés par le milliardaire qui avait, en son temps, simulé un risque de pandémie.

Bref, nous nageons à ce point dans un océan de contre-vérités et d’allégations fallacieuses que nous ne savons plus reconnaître la vérité vraie lorsqu’elle se présente. Il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce que des startups mettent de l’énergie à imaginer des logiciels de profilage. Par exemple, la société CM Profiling a récemment développé un outil d’aide à la communication interpersonnelle. Cet outil, qui s’appuie sur l’intelligence artificielle, vise à percer à jour « l’authenticité d’un interlocuteur » par l’analyse de son langage corporel et de tous les signaux non verbaux qu’il émet. Destiné notamment aux RH lors d’entretiens d’embauche, le programme doit permettre de débusquer les dissimulations des candidats en mettant en évidence les divergences entre la réponse verbale à une question et la réaction physique et émotionnelle de la personne interrogée au même moment. Autrement dit, si le candidat répond positivement mais manifeste une réaction d’inconfort, le futur employeur sera informé qu’il ou elle peut ne pas être parfaitement honnête, alors que le malheureux candidat a peut-être été simplement incommodé au même moment par une brûlure d’estomac.

Cette innovation technologique vise ainsi à démasquer les menteurs, même lorsqu’ils s’ignorent.


Cela ne vous rappelle rien ?


Le premier détecteur de mensonge scientifique a été inventé par Cesare Lombroso en 1885. L’appareil se contentait de mesurer bêtement la pression sanguine et c’est dans les années 30 que le polygraphe « moderne » a vu le jour. Le but était de déterminer si un individu disait la vérité ou pas, par l’analyse de ses réactions psychophysiologiques.

Si en Suisse le Tribunal fédéral a interdit l’usage du polygraphe, aux États-Unis, il est largement utilisé par les services de police pour toutes sortes d'affaires. Le FBI est même allé jusqu’à l’utiliser dans le cadre du recrutement de ses employés.


Cela ne vous rappelle rien ?


La détection de la tromperie est une obsession humaine aussi vieille que l’humain lui-même. Les chinois, il y a 2000 ans, bourraient la bouche des accusés de riz et, si le riz restait sec, alors la tricherie était prouvée. Au Moyen-âge les inquisiteurs utilisaient de la farine dans le même but et, on s’en doute, avec la même fiabilité.


Le paradoxe est que nous sommes à la fois avides de fausses informations et inquiets à l’idée du moindre risque. Nous sommes prêts à croire des âneries mais pas prêts à faire confiance à un candidat pour occuper un poste dans notre entreprise en nous basant simplement sur ses propos, ses références et un bon feeling.


Et pourtant, comme le disait déjà Virgile : Audaces fortuna juvat, la fortune sourit aux audacieux.


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