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Kick the Tires (version française) par Nigel Roth



Tandis que je sirotais un verre de San Pellegrino sous les cieux agréables du pays humide, froid et toujours plus sinistre où j’habite, je décidai de contacter deux personnes dans l'intention de leur acheter, à l'un une voiture et à l'autre des boutons de porte.


Comme le premier travaille chez un concessionnaire automobile, je suis parti de l’idée qu'il était habitué à vendre des véhicules. Donc, sans grand préambule, je lui ai demandé si la voiture en question était encore disponible et il m'a répondu par une phrase des plus bizarres.


Ça dépend, dit-il, de l'endroit où vous vous trouvez.


J'ai bu une gorgée d'eau gazeuse. Supposant qu'il ne s'agissait pas d'un retour à la discrimination en matière de prêts hypothécaires, ou d'un véritable préjugé régional, j'ai donc décidé de lui demander pourquoi cela importait.


"Parce que vous ne pourrez pas venir ici pour jeter un coup d'œil", me répondit-il.


Le deuxième vendeur avait un sac de vieux boutons de portes à vendre que je pensais pouvoir utiliser dans ma toute nouvelle cuisine. Sont-ils encore disponibles, ai-je envoyé comme message, entre deux lampées.


Oui, me répondit-il en me demandant aussitôt : "Où êtes-vous ?"


Pourquoi ? Ai-je répondu.


Parce que, me dit-il, j'habite à deux ou trois villages de chez vous, et donc pas dans votre ville, ce que je savais puisque l’annonce indiquait l’endroit où se trouvait le vendeur.


Dans les deux cas, il me semblait évident qu’en être normalement intelligent, j'aurais évalué, avant d'appeler, la possibilité de me déplacer pour voir la voiture ou les boutons de portes.


Alors, pourquoi cette étrange question sur le lieu, en particulier à une époque où la distance est de toute façon la norme. Et le concessionnaire ne vend-il des voitures qu'aux gens du coin ? Et pourquoi deux "villages plus loin" dans un pays de la taille de l'Angleterre feraient-ils une différence pour quelqu'un qui a besoin de poignées à bon prix ?


Et pourquoi les gens pensent-ils que je suis stupide ?


Cette dernière question est rhétorique.


Cette question de la distance m'a déconcerté, et j'ai ouvert une nouvelle bouteille et déversé une fontaine bouillonnante d'illumination dans mon verre.


Si la voiture était disponible dans la galaxie GN-z11, me suis-je dit, il est certain qu'au moment où j'arriverai chez le concessionnaire, elle aura peut-être besoin d'un nouveau contrôle technique, mais c'est à plus de treize milliards d'années-lumière d'ici. Et si les boutons de portes étaient bien alignés quelque part, disons, sur Neptune, à près de quatre milliards et demi de kilomètres, il leur faudrait peut-être une nouvelle couche de vernis avant que je ne les ramène chez moi.


Mais nous vivons tous sur une toute petite planète, dont la circonférence n'est que de quarante mille soixante-quinze kilomètres, et dont plus de soixante-dix pour cent de la surface est constituée d'eau, et pas de cette délicieuse eau gazeuse.


Seuls trente-sept milliards d'hectares sont carrossables, soit des routes ou des voies qui passent pour des routes. À peine un pour cent et demi de cette surface s'appelle le Royaume-Uni. Un pourcentage encore plus faible - moins de la moitié - se trouve en Angleterre, où je vis.