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L'insaisissable par Marga Lemoyne



Quelques objets savoureusement hétéroclites tels que quelques pigeons ou des tourterelles, une toile d'araignée entre les dents du nid, un pin à côté d'un cactus ou d'un Ylang-Ylang, créant juste pour moi une mythologie de l'orgie. Je m'avance vers la signification lascivement moderne de mes fétiches préférés ; les moineaux. Des petites choses qui se passionnent et s'entretuent pour les choses petites, et puisque l'eau aime se noyer dans la flamme, la voix s'entretenir avec l'écho et que vivre en effigie comme l'entend l'acier où évanouie comme la plante n'est finalement qu'une façon de vivre, je pénètre dans un nuage de gestes immobiles, respire le brouillard que deux objets émanent et parfument, écoute les cris d'amour des atomes et rien que pour voir la gerbe de leur sang j'enfonce mes dents dans un morceau de chair, de plumes ou de cartilage, moi-même un muscle parmi ces objets palpitants dont la dernière expiration me semble assez généreuse pour que j'ose y cacher ma langue. Étouffer un ronronnement plus allusif que réel, avant de poursuivre ma route sans issue à travers ces objets en pleine érection, en pleine certitude, et pendant que le long de mes vibrisses insoutenable leur sang plus incertain que jamais s'écoule goutte à goutte ; Le leur jaillit mais retourne en eux-mêmes au rythme du spasme, de la douleur et d’une délicieuse volupté, sang sur sang comme après la profanation, comme le sacré dans le massacre où les os prennent entre leurs lèvres la langue et les gencives, entraînent ces-derniers dans leur chute et roulent ensemble sur un tapis vivant d'où une vapeur d'extase et de folie monte, où les nids caressent les joues d'un cadavre qui reflète non pas la proie, la décevante, mais l'objet, l'inespéré, les objets dépeignés, dénudés, délivrés, carnivores, magiques, être la proie au nombre illimité de formes, secrets que mes propres ravages dévoilent, désirs froids et vitreux, foudre, masque de vanité virtuelle où la faune n'est rien d'autre que le vide, masque automate, pigeons automates, fleur automate répandent dans un vivarium automate une odeur automate, lorsqu'en regardant un objet j'y vois un écho qui me regarde, en visant une capture, je la rends automatiquement automate, des golems ténébreux et sublimes les animent, l’appétit, toujours disponible, et le festin, toujours surprenant, y sont simultanés, toucher à une vibrisse c'est déclencher un réseau de possibilités, une usine d'interrogations, d'impulsions et de spectres se mettent immédiatement en marche, et si de mon œil en métal d'outre-vue je fixe une proie, elle s'endort irréversiblement, fascinées, les vibrisses, elles avancent, somnambules, dans la pièce, appuient en passant, sur des fourmilières où, peu après, elles pénètrent, les vibrisses, la lune, une flaque d'eau et n'importe quoi ne sont que la bille qui joue avec un enfant avant de l'étouffer, les objets se rencontrent, se dévisagent, se respirent et, une convoitise et une hirondelle au fond de leur cœur, se séparent, tournent le coin de la première branche à droite et parfois à gauche où, tout noir, un verre de lampe invisible cajole la ride d'une antilope d'un singe ou se jette dans les feuillages, et si au lieu de me submerger comme un marécage et que je me pose sur le flanc à côté de la foudre, tout saute, et les automates me croisent, me frôlent, me transpercent, je me frotte contre lui des deux côtés de ma peau, je me cache derrière la porte pour que les pigeons se mettent à ma recherche et sous le pin parasol pour que les dépouilles m'oublient, à ce jeu tendre entre non et non participent la forêt, les éléments, quelques oiseaux de proie dont le plus féroce est la solitude, participent encore mon manteau de perles, mes gants noirs, ma couleur et L'Écho, tel un phare ou bien l'agonie, les carcasses de ma nature, de ma chambre, de cet écho voluptueux et comme si de rien n'était, un moineau glisse d’une cime par terre et de là directement dans le néant d'où il ramène à mon souvenir ; et si au lieu de tomber le cadavre du moineau montait en l'air, il aurait pu être l'arbre vibrant où l'oiseau de poussière chante d'une voix inflammable, le virus de cette voix, ses mouvements de fauve infinitésimale, ses bonds en deçà du réel, indécis, palpitants, son retour à la flamme, les glissements de terrain dans l'étincelle qui craque, l'entrée strictement consignée d'une dentition, qui sont autant de couloirs donnant à ma démarche la fraîcheur d'une fantaisie libertaire pourchassant un traîneau de Noël et si, pour mon usage personnel, un peu de dynamite s'apprivoise comme un félin alors que, par contre, mes vibrisses n'attendent qu'un moment d'inattention de leur part pour leur sauter à la gorge ; tous les objets qui m'entourent sont des glaces qui renvoient à l'infini leurs images, parfois la mienne dont les os palpitent sous leur peau transparente, tous mes nerfs dehors, drapeau hissé à la fenêtre, et mon oreille collée à la vitre pour que je puisse entendre le pépiement éperdu des moineaux qui approchent, et je me demande : Me suis-je vraiment écartée du lieu et de la durée de ma naissance ?


Photo by Kristina Paukshtite

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