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La majorité silencieuse par Katia Elkaim



Hier, dans le parking d’un aéroport quelque part dans ce monde en pleine ébullition, nous avons vu la borne de paiement la plus surprenante du monde. En effet, le lecteur de cartes était si bas que nous avons dû nous mettre à genou pour pouvoir l’utiliser. Oui, vous avez bien lu, à genou !

Après un moment de stupeur et de fou rire, nous nous sommes demandés qui était le concepteur abruti de la machine, avant de nous raviser, un peu honteux, en réalisant que probablement assise sur un fauteuil roulant, j’aurais trouvé ce lecteur parfaitement à la bonne hauteur.

Cependant la réflexion ne s’est pas arrêtée là, car, en l’absence d’une autre machine, j’ai essayé de me figurer le ratio entre personnes en fauteuil roulant et personnes debout et il m’a paru évident que la proportion était très largement en faveur des personnes debout. Ma réflexion m’a ensuite amenée à me demander pourquoi on n’avait pas posé deux machines ou inventé un système de lecteur coulissant, pour penser après que probablement, économiquement placer deux machines, dont l’une ne servirait qu’occasionnellement, n’avait sans doute aucun sens. J’arrivais ainsi à la même conclusion que celle des concepteurs du terminal de paiement. Les valides peuvent se mettre à genou pour payer, les autres ne peuvent pas se lever.


Cet exemple m’a fait prendre conscience de la dictature – et je pèse mes mots – induite par les transgresseurs dans nos sociétés démocratiques, fondées sur la compliance de chacun.

Les exemples foisonnent : dans l’entreprise, si quelques-uns abusent de l’horaire libre, on devient plus restrictif. Une seule personne est prise en flag d’explosifs dans ses chaussures et depuis tout le monde échange ses mycoses au contrôle de sécurité dans les aéroports. En gros, un seul transgresseur et on fait payer tous les autres.

Plus encore : on arrive dans certains cas à récompenser les récalcitrants pour les inciter à se comporter démocratiquement et pour le bien commun. J’entendais récemment que le patron d’une entreprise très impliquée en matière d’écologie se proposait de donner une prime à ceux de ses employés qui changeaient de compagnie d’électricité et en adoptaient une plus « verte ». Mais, qu’en est-il des employés qui ont déjà fait ce changement en conscience ? Ils sont dans les faits pénalisés puisque personne ne va les remercier d’avoir déjà agi.

La transgression est destructrice de confiance et engendre une réaction de méfiance à l’égard de tous et une attitude défensive qui pénalise l’immense majorité de ceux qui se plient aux règles. Mais ne vous trompez pas, ce ne sont pas les transgresseurs qu’il faut éliminer mais notre réaction face à la transgression parce qu’il est temps de changer de paradigme : Les transgresseurs sont nécessaires à une société. Ce sont eux qui la sauvent. J’entendais il y a peu l’exemple de cette espèce de grenouille qui dès la transformation du têtard se dirigeait en masse vers la mare. Un jour la mare s’est asséchée. La très grande majorité des individus de l’espèce a péri sauf quelques transgresseurs qui, pour une raison secrète, ont choisi d’aller ailleurs et ont trouvé sur leur chemin un point d’eau où se reproduire et perpétuer l’espèce.

Madame, Monsieur, rappelez-vous que la grande majorité des gens sont sensés et respectueux et qu’ils méritent d’être félicités. Quant aux autres, ils prennent un risque qu’ils savent devoir assumer.


Photo by Lexo Salazar

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