Le colosse d'Oban par Nigel Roth


En 1897, dans l’un de endroits les plus humides d’Europe, sur la côte ouest de l’Ecosse, quelques maçons et briquetiers ont gravi une colline pour ériger le Colisée. Ils ont œuvré sans relâche pendant cinq ans, sans le terminer.


Cent cinquante-huit ans plus tôt, Lancelot Brown, alias Capability Brown se rendait de chez lui, dans le Northumberland, à Oxford, pour créer le premier de ses célèbres jardins paysagers, point de départ de sa fascination pour une forme de surréalisme.

Alors que Lancelot Brown gagnait plus de cinq cent mille livres par an en perfectionnant ses créations, John Stuart McCaig dépensait la même somme pour une toute autre raison.


Sa marotte consistait à se préoccuper de la santé mentale et du respect dû aux êtres humains.


McCaig avait vu à quel point la situation financière des artisans locaux était désastreuse et a donc décidé de créer pour eux un projet, afin qu'ils restent bien nourris, fiers d’eux-mêmes et sains d'esprit pendant les périodes difficiles et les longs et sinistres mois d'hiver.


Plutôt que de leur donner l'aumône, il décida de faire construire une copie du Colisée à Oban, avec vue sur le Firth of Lorn et les îles de Kerrera, Mull et Lismore, et de payer un salaire décent à tous ceux qui y travaillaient.


Les artisans, quant à eux, étaient désireux de se rendre à nouveau utiles, d'être respectés afin de garder la tête haute à la ville comme chez eux. Ils pouvaient ainsi entrer dans un pub à la fin d'une solide semaine de travail et payer une tournée. Ils pouvaient rapporter des sucreries à leurs enfants, faire des courses et acheter des vêtements pour leur famille.


McCaig ne voyait aucun intérêt à les juger pour qu’ils soient engagés. S'ils pouvaient travailler et s'ils le voulaient, ils étaient pris. Personne ne fut forcé de présenter un curriculum vitae à l'épreuve de la vérité juste pour être pris au sérieux. Personne n'avait besoin de travailler la nuit en se demandant si son emploi était sûr. Personne n'avait besoin de rabaisser quelqu'un d'autre, pour se sentir à l'aise.


Après cinq ans de travail, la situation économique et financière du pays s'est améliorée. Peu à peu, la main-d'œuvre de McCaig s'est dispersée, retournant vers d'autres ouvrages qui requerraient leurs compétences.


Le Colisée, ou la tour McCaig's comme on l'appelle aujourd'hui, peut encore être vue et visitée. Elle se dresse fièrement, comme les grandes montagnes du Morvern et de l'Ardgour qui la regardent depuis leurs sommets brumeux.


Elle n'a jamais été achevée, mais elle a bien servi son but, et elle est un témoignage de compassion et de bon sens. Ceux qui y ont travaillé sont revenus à leur travail et à leur vie, forts, l'esprit vif et le corps sain.


Nous pouvons nous promener dans une multitude de maisons de campagne et dans les créations paysagères astucieuses d'un Capability Brown bien payé, mais on peut aussi se tenir dans la tour de McCaig et se demander comment nos dirigeants devraient prendre soin de nous tous en ce moment.


crédit photo - ID 17277523 © Steve Allen | Dreamstime.com

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