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Le féminisme surpassé ? par Katia Elkaim



Vous m’avez déjà entendue m’interroger sur la signification sociale des genres et m’insurger contre la propagation des poncifs sexistes par le biais des algorithmes. Et bien, j’ai continué mes réflexions et je vous les livre un peu brutes.

Le combat féministe est un combat d’égalité ; égalité avec le genre décrété dominant, soit le genre masculin, même si un regard historique, sociologique et ethnique permet de constater que le rôle de la femme et sa valeur au sein de l’espèce humaine n’a pas toujours été celle qui lui a été accordée pendant des siècles voire millénaires. Un exemple frappant est celui de l’identification des squelettes de la préhistoire. Pendant des décennies, il suffisait qu’une tombe recèle des restes robustes et des armes pour que le sexe de l’occupant soi aussitôt masculin. Cette idée préconçue est née bien sûr dans l’esprit de paléontologues du sexe réputé fort, qui ne pouvaient pas penser autrement. Et pourtant, récemment, Marylène Patou-Mathis, une paléontologue française a remis en cause ces idées reçues. Elle a eu bien raison et l’homme de Menton découvert en 1872 a été rebaptisé en 2016 la Dame du Cavillon.

Autrement dit, si le féminisme a milité et milite encore, à juste titre je m’empresse de le dire, pour une égalité de traitement des femmes par rapport aux hommes, il le fait sans remettre en cause les stéréotypes liés à chacun des genres.

Ainsi, parmi les stéréotypes féminins, on trouve la douceur, l’humanité, mais aussi la sensiblerie et une tendance à se laisser guider par ses émotions plutôt que par sa réflexion. Ne dit-on pas d’ailleurs qu’un homme délicat et sensible a une part de féminin en lui ?

La revendication féministe s’est donc basée sur une égalité des droits et des chances dans ce que la femme a de particulier, sans jamais remettre en cause les qualités dont elle serait dotée par nature.

De la même manière, les hommes souffrent aussi de ces stéréotypes, puisque leur force, leur aptitude à décider et diriger sont définies comme le standard de leur genre, mettant une pression insurmontable sur les épaules de ceux qui ne s’y retrouvent pas.

Dès lors mes interrogations sur la nécessité d’un genre social.

Pour que mon propos ne soit pas mal compris, je ne vous parle pas de genre assigné à la naissance, ni de genre souhaité et encore moins de préférence sexuelle. Il s’agit d’autre chose et je conçois, pour avoir évoqué le sujet avec des proches, que notre esprit depuis si longtemps formaté ait du mal à distancier le genre physique, assigné à la naissance ou pas, du genre social.

Pour vous donner un exemple de ce que j’essaie de vous dire, prenons l’âge d’un individu : Nous savons tous qu’il y a des vieux jeunes et des jeunes vieux. Pourtant, nous attribuons toutes sortes des qualités ou de défauts à l’âge en fonction de stéréotypes. Ainsi, le jeune n’aura pas suffisamment d’expérience et donc ne sera pas forcément suffisamment posé pour diriger alors que le plus âgé aura plus de mal à apprendre de nouvelles choses. Or, si l’on gommait l’âge des curriculums vitae, peut-être découvririons-nous des perles que nous ne soupçonnerions pas.

Ce que j’essaie d’expliquer est que nous devons nous affranchir des genres, pour nous affranchir des stéréotypes qui y sont liés. Autrement dit, ce n’est plus d’un combat égalitaire dont il s’agit mais d’un combat en faveur de l’humain tout entier et j’en viens à mes algorithmes. Comme on le sait maintenant, les algorithmes sont programmés encore très souvent par des hommes qui propagent, sans même s’en rendre compte des stéréotypes sexistes. Trop souvent encore, le genre est une variable que l’on juge indispensable, mais qui, dans les banques de données dissémine des idées reçues en associant par exemple femme et cuisine, puisque pendant des décennies, c’est ainsi que l’on a résumé la femme.

Des mouvements importants de sensibilisations des codeurs ont vu le jour, pour attirer l’attention sur les inégalités de genre perpétuées mais il faut aller plus loin et supprimer la variable du genre de l’équation, une fois pour toutes.

C’est à ce prix qu’un être, quel qu’il soit, sera considéré pour ce qu’il est : un humain !


Photo by Rodnae Productions

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