Le futur des improbables par Katia Elkaim


Lorsque j’étais enfant, mes parents m’avaient emmenée voir un documentaire qui décrivait de la manière la plus burlesque qui soit des inventions totalement farfelues et inutiles. Je m’étais régalée et je garde encore, dans le creux de mon estomac, la sensation du bien-être que m’avait procuré cet amusement intense. Alors, comme une madeleine de Proust, la chronique d’une journaliste l’autre matin, à propos d’un barbecue connecté, m’a rappelé ce grand moment de cinéma et j’ai voulu à tout prix le retrouver.

J’abrège immédiatement le suspense : je ne connais toujours pas son titre ! En revanche j’ai mis la main sur quelques pépites que je me dois de partager avec vous.

Tout d’abord, j’ai découvert Matt Benedetto et ses inventions inutiles qu’il définit lui-même comme : « des objets que personne n’a demandés » et « des solutions à des problèmes qui n’existent pas vraiment ». Je ne peux résister à l’envie de vous décrire le casque à gros orteil, pour éviter de le cogner ou encore, le volet à réunions Zoom.

La toile regorge d’inventions qui ont toutes comme point commun, celui d’être absolument vaines sinon parfaitement encombrantes.

Le 19ème et 20ème siècle ont d’ailleurs été fertiles dans cette catégorie. Le vélo amphibie, la pipe de couple, la machine à miauler ou le piano pour personnes alitées avaient un charme et une poésie inimitables.

Si en 1964, le lauréat du concours Lépine était un certain Lasserre qui avait inventé le « Somnidor », une machine permettant d’induire le sommeil, de 2016 à 2019, les inventions primées étaient le Granulateur Mobile H-énergie, l’Application Web pour protocoles diabétiques, la Balise Eydi de localisation et signalisation aux secours et le xTag, profil personnalisé appliqué à la gestion des allergies et intolérances alimentaires. Si ces trouvailles sont sans aucun doute fort ingénieuses et utiles, elles n’ont pas le charme des objets-chimères d’antan. Nous sommes bel et bien entrés dans l’ère du tout technologique et cette considération m’a ramenée au barbecue connecté qui doit nous permettre de communiquer à distance avec nos saucisses en train de griller. La grande question est : a-t-on encore de la place, dans notre monde tout virtuel pour un imaginaire cocasse et saugrenu ou sommes-nous entrés dans une ère radicalement sérieuse où l’invention n’est plus que l’apanage d’un cercle fermé d’ingénieurs ?

À mon grand soulagement, j’ai constaté que les informaticiens n’étaient pas dénués d’humour ou du moins que ce n’est pas parce qu’un objet est hyper connecté ou le fruit d’une intelligence artificielle qu’il en est forcément plus utile. Ainsi, il existe un appareil que vous pouvez installer dans votre salle de bain, Mesdames, qui scanne vos produits de beauté et lance chaque matin un tutoriel de maquillage sur votre miroir. Sincèrement, laquelle d’entre vous, chères amies, prendra le temps entre la douche, le petit déjeuner des enfants et le transport à l’école avant d’aller travailler, de regarder attentivement comment vous plaquer un anticerne sous les yeux ? Encore mieux, le prédicteur de miction, juste au cas où vous auriez une absolue nécessité de prédire un besoin pressant avant qu’il ne presse et l’envie de vous brancher une sonde, mais je n’en dis pas plus.

Je crois que ma préférence va à cette invention japonaise le « speechjammer » qui permet de renvoyer un léger écho de la voix d’un orateur lors d’une réunion, créant de la confusion chez lui, l’incitant de manière subliminale à se taire. Je confesse être très tentée par son acquisition.

Bref, technologie ou pas, l’imagination humaine reste débordante et c’est tant mieux, mais je le dis tout net : Ne comptez pas sur moi pour faire la conversation à mon papier de toilettes.

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