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Le mot de l'année par Katia Elkaim



Mon premier est un journaliste, mon second un spécialiste tech et mon tout un futuriste. En lisant la biographie du personnage dont je vais vous parler, je me suis d’abord dit que si mon enfant m’avait assise sur une chaise dans la salle à manger en m’annonçant vouloir être un futuriste dans l’avenir - ce qui non content d’être un pléonasme, donne aussi un vertige fractal – je l’aurais sans doute regardé en me grattant le sommet du crâne ; pourtant, il s’agit d’un vrai métier.

Ben Hammersley dit, à propos de lui-même, qu’il est payé pour vivre dans le futur et en revenir pour raconter ce qu’il a vu.

L’idée du voyage dans le temps est aussi vieille que les Égyptiens ou les Incas. Dans l’ère moderne, voyager dans le futur sert avant tout à alerter sur notre présent. Prenez l’exemple de H.G Wells dans « La Machine à explorer le temps » qui utilise le voyage dans un monde futur pour décrire sa vision politique de la société et les dangers de celle-ci pour l’avenir. Notons au passage qu’il est très rare qu’un auteur se projette dans un futur idyllique vers lequel nous pouvons tous nous réjouir d’aller. Le « c’était mieux avant » est toujours mis à l’honneur, même si le dicton le plus approprié serait de dire : « Si vous pensez que c’est horrible aujourd’hui, vous n’avez encore rien vu ! ».

Mais bref, revenons à Hammersley. Né en 1976, ce journaliste anglais s’est intéressé aux nouvelles technologies, lorsque son employeur de l’époque, le Times, lui a demandé de s’intéresser à internet. N’importe qui dans sa situation serait allé lire des articles sur le sujet, comme je le fais presque chaque semaine, ou serait allé interroger des spécialistes.

Lui, non !

Il s’est mis à suivre des formations en codage et toutes sortes d’autres disciplines très compliquées pour atteindre en somme une forme d’autarcie cognitive.

Toujours journaliste, il a notamment présenté pour la BBC, une série appelée « Cybercrime with Ben Hammersley », une émission de radio en cinq parties « Futureproof Yourself » et écrit de multiples articles, dont l’un d’eux sur le testing génétique. Grand reporter – cet homme sait décidément tout faire – il a couvert des zones de guerre en Afghanistan, au Liban et ailleurs, utilisant les nouveaux moyens de communication qu’il avait appris à maîtriser parfaitement. Ces expériences ont fait de lui l’homme de la situation en matière de prospective stratégique.

Mais pourquoi vous parler autant de lui ? Outre le fait que c’est certainement un homme avec lequel il doit être passionnant de converser, c’est aussi l’inventeur du mot « podcast » élu mot de l’année par le New Oxford American Dictionary en 2005 ; et les podcasts sont mes béquilles de la nuit, ces histoires qui me sont racontées lorsque d’autres chanceux font des rêves et que moi, insomniaque, je me retourne dans des draps soudain trop chauds tandis que ma tête repose sur un oreiller devenu hostile.

J’ai tout essayé : la valériane, la lecture, le film ennuyeux ou pas, l’appareil hypnotiseur qui projette au plafond des rythmes de respiration, boire de l’eau, ne pas boire de l’eau, me lever, rester couchée, ouvrir la fenêtre et la fermer…courir nue dans la rue (non ça je n’ai pas fait, mais je devrais essayer). Bref, mon salut est venu des podcasts, ces émissions enregistrées qui nous parlent de tout.

Il y en a des très passionnants comme celui de Melvyn Bragg sur BBC 4, « In our time », merci Nigel pour cette recommandation. En Français, l’émission « Timeline » et, plus près d’ici une pépite, « Vous le podcast ». C’est une émission sans prétention, ce qui ajoute encore à son intérêt, au cours de laquelle, Camille François son animatrice, s’entretient durant environ 45 minutes avec des femmes romandes de tous milieux, des femmes inventives, intelligentes, créatives et passionnantes. Le ton est léger, celui d’une conversation que l’on pourrait avoir autour d’un verre. Une conversation de proximité dont on se dit qu’il ne manque plus qu’une invitation à dîner pour faire connaissance.

À vous, animateurs de ces podcasts, je vous dis merci. Le fait que vous soyez mes marchands de sable ne signifie pas que vous êtes ennuyeux, bien au contraire…vous êtes apaisants ; et ce que je n’entends pas le lundi, je le réécoute le mardi.

Donc merci, merci, merci !

Last but not least, merci Ben Hammersley d’avoir nommé mes nuits.


Picture by Anna Tazarevich