Le mythe de Sisyphe revisité par Robert Yessouroun


Condamné par les dieux pour avoir osé menotter la mort, Sisyphe devra expier sa faute pour l’éternité. Son châtiment consiste à pousser vers le sommet d’une colline un lourd rocher sphérique, lequel, une fois parvenu au sommet, ne peut que dévaler jusqu’en bas de la pente. À chaque fois, Sisyphe va redescendre là où son objet s’est immobilisé, pour reprendre son travail forcé, comme s’il n’avait rien accompli.


« Il faut imaginer Sisyphe heureux » écrit Camus. Peut-être le fut-il jadis, mais je vous laisse entrevoir ce pousseur de globe pierreux dans un avenir pas si lointain.


Regardez-le, assis en tailleur sur le sable tiède

au pied de sa maudite colline, le coude sur le genou, le poing sous le menton, la bouche presque bée. Est-il encore vraiment heureux ? Sa posture mi-résignée, mi-nostalgique laisse à croire qu’il s’ennuie et même qu’il s’ennuie ferme.


Depuis le versant du petit mont, un crissement sourd, régulier, trouble le silence naguère perpétuel. L’ombre allongée d’une silhouette presque humaine gravit la pente inévitable. Eh oui, ne voilà-t-il pas un androïde méticuleux qui fait rouler devant lui, sans effort, le roc tout rond ? Et, bientôt, l’automate marchera, sans états d’âme, vers le niveau où sa pierre a cessé de dégringoler.

Sisyphe est désormais déchargé de sa tâche absurde, mais il ne peut quitter les alentours. C’est ainsi. C’est la voix des dieux.

- Que faire ? Que faire, alors qu’on n’a plus rien à faire ?

Ce fichu robot lui a volé sa torture, sa torture qui meublait si bien ses journées. Désœuvré, le jeune homme subit avec aigreur sa seconde sanction : le farniente durable.

Comment échapper à cette condition futuriste ? Comment supporter le non-sens, alors qu’on est démuni d’agenda (« ce qui doit être fait », en latin) ?

À force de se tourmenter, Sisyphe se raidit soudain. Une idée filante venait de briller dans son chaos mental :

- Et si j’inventais des compagnons artificiels qui rêvent avec moi ?

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