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Le nouveau variant ou le delta de la vaccination par Katia Elkaim

Mis à jour : juil. 12



Juillet est arrivé et avec ce mois au goût douillet, le temps des vacances. Elles apparaissent d’autant plus méritées que sous nos contrées, dérangement climatique oblige, il fait un temps détestable depuis des mois.

La population, fatiguée et déprimée par ces longs mois de restrictions, a attendu les annonces de déconfinement avec fébrilité, qui pour emmener sa voiture vers le sud, qui pour enfin valoriser cet avoir qu’une compagnie aérienne lui a remis en contrepartie du dernier vol, celui des dernières vacances, qui ont été annulées.

Mais voilà que le variant Delta s’invite à la fête.

Et avec lui, la propension à diffuser de l’information au ventilateur.

Plus contagieux, plus mortel, résistant aux vaccins, plus, plus, plus…

Et m….

Alors devant l’avalanche d’articles sérieux et d’autres moins fiables, j’ai essayé d’appliquer quelques principes de « facts checking ».


1. Aller à la source des articles eux-mêmes sans se contenter des citations reprises dans d’autres médias. Pas toujours facile à faire en matière de Covid, puisque ces articles sont évidemment, pour la plupart, des articles scientifiques.


2. Vérifier la fiabilité des publications, dans laquelle les articles ont paru.


3. Lire un grand nombre d’interprétations des données car une interprétation majoritaire finit par se détacher et converger, en appliquant les principes 1 et 2 à la lecture de ces interprétations.


M’efforçant de mettre en œuvre mes propres conseils, je suis parvenue à comprendre ceci : Les variants d’un virus sont issus de sa mutation (on y va prudemment). Ces mutations surviennent lorsque le virus, en se reproduisant, copie son code génétique avec une erreur. Ces transformations sont traquées par les instances sanitaires pour voir si elles sont anodines ou au contraire préoccupantes. Elles sont dites « préoccupantes » si elles peuvent notamment mettre à mal la couverture vaccinale.


S’agissant du variant Delta, deux pays sont particulièrement scrutés, en raison de l’étendue de la couverture vaccinale : Israël et le Royaume-Uni.


Selon plusieurs revues scientifiques, dont la revue Nature, les vaccins administrés (Pfizer et Astrazeneca notamment) conservent une bonne efficacité à deux doses contre le variant Delta. Si la protection vaccinale baisse, entraînant plus de taux d’infection, il semblerait que la maladie resterait bégnine, voire très peu symptomatique dans la majorité des cas. La suite est une question d’interprétation des chiffres, car paradoxalement, plus la couverture vaccinale est bonne, plus on a de cas de gens vaccinés qui l’attrapent. Exemple :


Imaginons que le vaccin (pas de distinction faite ici puisqu’il s’agit d’un exemple) est efficace à 80% contre un variant après deux doses.

Cela signifie que sur 100 personnes vaccinées, potentiellement 20 personnes ne sont pas immunisées et peuvent l’attraper.

Imaginons maintenant une population de 1000 habitants, vaccinée à 50%. Cela signifie que 500 habitants sont vaccinés tandis que 500 habitants ne le sont pas.

Donc potentiellement, le variant, dans cette configuration, peut infecter les 500 personnes qui ne sont pas vaccinées et 100 personnes parmi les personnes vaccinées (20% de 500), soit 600 personnes sur 1000, donc 60% de la population.


Imaginons maintenant une population vaccinée à 80%, sur 1000 habitants, 800 sont vaccinés et 200 ne le sont pas. Donc potentiellement, le virus contaminera 360 personnes (200 non vaccinés + 20% de 800 vaccinés), soit 16% de la population.


Sachant maintenant que parmi les personnes vaccinées qui attrapent le virus, environ 90% ne développent qu’une forme légère, cela signifie que potentiellement dans notre premier exemple, sur les 100 personnes atteintes malgré le vaccin (20% de 500 personnes), seules 10 personnes développeront une forme grave de la maladie. Imaginons maintenant que dans la population non vaccinée, seuls 5% des patients développent une forme sévère à très sévère de la maladie, cela veut dire, toujours dans notre premier exemple (vaccination à 50%) que sur les 500 personnes non vaccinées, 25 personnes peuvent développer une forme grave de la maladie pour un total de 35 personnes sur 1000 (10 vaccinés et 25 non vaccinés).


Prenons ensuite l’exemple de la population vaccinée à 80%, sur 1000 habitants, on l’a vu, 160 vont développer la maladie chez les personnes vaccinées dont 10% de forme sévère, soit 16 personnes, alors que dans la population non vaccinée (200 personnes dans notre exemple), 5% peuvent développer une forme sévère, soit 10 personnes pour un total de 26 personnes.


Autrement dit, en chiffres absolus, plus la population est vaccinée, plus le nombre de personnes potentiellement infectée est élevé ; c’est donc en chiffres relatifs que la différence est sensible.


Sur 1000 personnes à un taux de couverture vaccinale de 80%, le risque de maladie grave dans la population est de 2,6%. Ce taux est de 3,5% si la population est vaccinée à 50% seulement.


On l’a souvent entendu, le problème est moins une question d’attraper ce virus dans une forme légère que de devoir combattre les formes potentiellement graves de celui-ci ; et même si la couverture vaccinale est un peu moindre pour le variant Delta, elle protège néanmoins de ces formes graves, sans parler des covid longs, fléau potentiel chez les personnes qui l’attrapent.


Bref, la vaccination est pour l’heure, le seul moyen de combattre cette maladie dont on rappelle qu’elle a fait déjà 4 millions de morts dans le monde.


Ce chiffre correspond à la moitié de la population de la Suisse. À bon entendeur.



Photo by Miguel A. Padrina

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