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Lettre d'amour à la jeunesse par Deborah Hanna

Mis à jour : mars 4


A seize ans, ma vie avait du souffle.


J’allais cheveux au vent à l’arrière d’un scooter, les bras enroulés autour de la taille d’un garçon.


Ensemble, on slalomait sur des routes désertes et on riait comme des cons en fumant des pétards.


Avant de m’emmener, il avait téléphoné à la maison, obtenu l’accord de ma mère qui filtrait les appels.


Au bout du fil, elle avait accepté que je sorte, à condition de rentrer à l’heure.


Pour retrouver mon amoureux, j’étais partie sans portable, le cœur battant sous un sweat trop large.


Dans ma tignasse gaufrée, un chouchou en velours et le baladeur où les chansons des Spice girls tournaient en boucle.


Mon copain habitait le quartier, fréquentait mes amis et partageait mes habitudes. Pour rencontrer quelqu’un, il fallait s’en remettre au destin et, faute de choix, on flirtait avec les mecs de sa bande.


Entre eux et nous, il y avait du mystère, un peu de maladresse et beaucoup de désir.


On craignait le sida, mais on ne connaissait pas les déviances du porno, ni la pression à la performance. Quand on se plaisait, on se découvrait sans manuel, avec nos cinq sens.


On pouvait s’aimer à la belle étoile, voler des baisers sous les portes cochères, se peloter dans les salles de cinéma.


Coupés du monde, nous étions tout entiers dans l’instant présent.


On se sentait immortels et on ne s’immortalisait pas.


Pour garder un souvenir, on se tirait le portrait dans un photomaton et on repartait chacun avec deux images vouées à jaunir dans un porte-monnaie Eastpack.


On s’écrivait des mots doux sur des billets plutôt que des textos.


Nos histoires de cœur ne duraient pas, mais on sortait ensemble et, pour se quitter, on se larguait en bonne et due forme.


On ignorait ce qu’était un sex-friend et on ne se ghostait pas.


Le regard des autres nous importait, mais il cessait de nous poursuivre à la sortie de l’école.


On comparait notre corps à celui des copines, pas à des images retouchées.


Pour nous, la chirurgie esthétique était un truc de vieux et on se trouvait beaux tels que la nature nous avait faits. Barbie dormait dans une malle avec nos souvenirs d’enfance et ses mensurations surhumaines ne parasitaient ni nos écrans, ni nos imaginaires.


On n’avait pas le constant souci du post, les circuits de récompense du cerveau dévorés par les commentaires, les likes et le nombre de nos abonnés.


Autour de nous, les murs restaient opaques et nous protégeaien