Montre-moi ton petit oiseau par Katia Elkaim


3 novembre 2020.

Le gouvernement vient d’annoncer un nouveau confinement qui ne porte pas son nom, dans le but de faire un sort à ce maudit virus.


Bien que lassée comme la plupart par ces restrictions, et frustrée de ne pas voir ceux que j’aime comme je le voudrais, je me plierai à ces nouvelles règles pour le bien commun.


Alors, en rentrant ce soir, affamée par mon nouveau régime alimentaire, fébrile à l’idée des élections américaines de cette nuit et surtout atterrée par la violence aveugle et la haine de certains que même une pandémie ne parvient pas à mettre en sourdine, je me suis promenée sur les réseaux sociaux et là, comme une fleur dans le désert, une réclame : « mettez un terme à vos fuites pour de bon et renforcez votre périnée ».

Pour ceux qui ne le savent pas, le périnée est : « un ensemble de muscles qui ferme le bas du bassin et comporte trois orifices : le méat urinaire, le vagin et l'anus. Il joue un rôle important pour la continence urinaire et anale en soutenant, comme un hamac, la vessie, l'utérus et les intestins ».


Je ne suis pas particulièrement prude, mais je dois avouer que j’ai encore une pudeur très à l’ancienne qui m’interdit en principe de parler de mon périnée – ou de ce qu’il soutient – en public et d’ailleurs en privé aussi.


Cela m’a rappelé les publicités d’antan pour les protections hygiéniques, où l’on nous montrait une jeune femme renverser un liquide bleu sur une serviette, pour nous faire oublier la couleur et la nature de l’humeur qui allait imprégner ce morceau de coton amélioré.


Bref, je m’égare.


Revenons au renforcement de mon plancher pelvien et à l’ustensile nécessaire vanté par une petite vidéo de démonstration. L’objet a une forme tout à fait phallique, d’une jolie couleur pastel, rose ou vert pâle. La présentatrice vous explique à l’aide d’une découpe anatomique l’endroit où vous devez insérer l’appareil.


Non, vraiment ? je pensais qu’il fallait le mettre dans l’oreille !


Puis, et c’est là que les nouvelles technologies entrent en action, vous devez contracter votre périnée – et tout ce qu’il soutient – pour faire monter et descendre des papillons et des oiseaux sur votre téléphone portable, puis des pandas, puis des licornes peut-être, si vous êtes assez douée pour passer plusieurs niveaux de jeu.


Le plus drôle sont évidemment les commentaires dont voilà quelques morceaux choisis :

« Je me demande si on peut jouer à plusieurs et faire de la compétitions » Karen

« Peut-on jouer au scrabble avec ? » Marina

« Arthur, je suis un jeu ! » Isabelle

« Est-ce qu’il vibre quand tu tues un oiseau ? » Noémie

« Moi aussi je veux jouer à faire voler des oiseaux avec mon v… » Daria


Il était temps que la technologie s’intéresse au sujet, ne trouvez-vous pas ?


Plus sérieusement, ce que cette publicité met en lumière, c’est le tabou qui règne encore et toujours autour du plaisir de la femme et de son envie d’en avoir. Lorsqu’il en est question, il doit être camouflé dans un emballage enfantin pour le rendre innocent.


Le sexe est une affaire de grandes filles adultes et consentantes, pas innocentes du tout.


Il peut être tout ce qu’elles veulent.


Alors, à l’âge où l’on a besoin d’un périnée en acier, après avoir mis au monde un ou des enfants, ce qui n’a rien d’une partie de plaisir, Mesdames, ne pensez-vous pas que si l’on vous dédie un jeu, la moindre des choses serait de ne pas vous prendre pour des demeurées ?


Photo Sam Mann

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