Pour un seul gène par Nigel Roth


En 1752, Marie-Thérèse Walburga Amalia Christina, seule femme à la tête de la monarchie des Habsbourg, décida que son amour pour les animaux (à peine moins intense que la fascination érotique de Catherine la Grande pour les chevaux) était trop grand pour qu'on l'ignore.

Mais, plutôt que de s’installer dans un carrosse pour leur rendre visite, la sainte impératrice romaine préféra importer les sujets de son désir à Vienne. C'est ainsi que fut fondée la ménagerie impériale dans les jardins du glorieux château de Schönbrunn.

Dans ce moment singulier de jubilation humaine et de salissure animale métaphorique, le zoo moderne naquit.

Et nous sommes allés depuis aux quatre coins du monde, en collectionnant et en exposant des spécimens de diverses espèces, tels des oiseaux-jardiniers. Nulle part les animaux étaient à l'abri du filet tentaculaire du chasseur.

Certains, comme Frank Buck, se sont fait un nom et une fortune en puisant dans le vivier débordant de la nature. Pendant ses années de chasse, Buck aurait capturé (dans d'énormes sacs, probablement) cent vingt antilopes et cerfs d'Asie, cent gibbons, nonante pythons, soixante-trois léopards, soixante tigres et soixante ours, cinquante-deux orang-outang, quarante-neuf éléphants, quarante kangourous et/ou wallabies (il n'était pas sûr mais ils sautaient), quarante chèvres et moutons sauvages, vingt-cinq lézards géants, vingt hyènes et vingt tapirs, dix-huit antilopes africaines, quinze crocodiles, onze chameaux, dix cobras royaux, neuf buffles d'eau pygmées, cinq porcs sauvages asiatiques Babirussa et cinq rhinocéros indiens, deux girafes, un couple de bisons indiens, plus de cinq cents espèces différentes d'autres mammifères et plus de cent mille oiseaux sauvages.

Les animaux qui déambulaient autrefois en paix dans les prairies du Serengeti ou qui se balançaient effrontément dans les arbres, au plus profond des forêts tropicales du Congo, ou encore qui traversaient les broussailles semi-arides de l'interminable désert de Simpson ne le faisaient plus. Enfermés, ils étaient assis quant ils ne chiaient pas dans leur froc ou étaient sur le point de rendre l’âme.

La création d'enclos extérieurs fut un demi remède pour tenter d'atténuer la triste existence sédentaire de ces créatures, qui se voyaient confinées dans des douves, des fossés et derrière des clôtures plutôt que dans du béton et des cages.

Les parcs de safari, comme celui de Whipsnade dans le Bedfordshire, en Angleterre, couvraient souvent des milliers d'hectares et permettaient aux animaux de vivre dans un environnement un peu plus naturel. En d’autres termes, s'ils pouvaient faire fi des bus remplis d'enfants qui crient, oublier les voitures pleines de Chucks et de Debbies qui filment leurs moments les plus intimes ou les hordes de gens gros et juteux qui ne peuvent pas courir, leur vie était presque normale.

Pourtant, à l’époque déjà, il y avait - comme aujourd’hui d’ailleurs – un lourd tribut lié à l’exploitation des zoos, tribut que seule l'éradication des ménageries pourrait résoudre. En effet, pour chaque animal capturé dans la nature, plusieurs autres sont évidemment tués.

Les animaux élevés en captivité sont souvent excédentaires par rapport aux besoins du zoo et sont vendus à des cirques itinérants, des marchands d'animaux malfaisants, des propriétaires d'animaux de compagnie délirants ou à des ranchs de chasse.

Des études, comme celle du San Jose Mercury News, montrent qu'environ 40 % des mammifères qui quittent les zoos accrédités des États-Unis sont vendus à des personnes et à des organisations n'ayant pas de liens officiels avec ceux-ci. Des gens comme William Hampton n'achetait des animaux sauvages que pour les abattre et en faire des trophées.

Les zoos pourraient aussi (et ce n'est pas nécessairement pire pour les animaux à long terme) suivre l'exemple du directeur adjoint du zoo de Nuremberg, Helmut Mägdefrau, qui a déclaré que "... si nous ne pouvons pas trouver de bons foyers pour les animaux, nous les tuons et les utilisons comme nourriture".

C'est peut-être une façon un peu moins horrible de mourir que celle que subissent les chèvres du parc de safari de Badaltearing en Chine : elles sont jetées aux lions pour être déchiquetées et consommées pour l’amusement des visiteurs qui en ont le souffle coupé.

Le sort des animaux qui ne sont ni vendus, ni déchiquetés n’est pas plus enviable pour autant. La captivité est loin d’être un fleuve tranquille. Une étude menée pendant quatre décennies par l'université d'Oxford a révélé que les ours et les grands chats deviennent confus et déprimés lorsqu'ils sont confinés ; ils adoptent souvent un comportement névrosé comme faire les cent pas ou tourner en rond, se balancer ou dodeliner de la tête ou se la taper. Tous ces comportements ne sont là que pour soulager le stress, même voter républicain aux Etats-Unis.

Et puis, à la fin de cette vie sans espoir, ils meurent en exil, en rêvant peut-être à un retour dans ce lieu éthéré dont ils se souviennent vaguement ou qu'ils n'ont même pas connu.

Toutes les histoires ne se terminent pas pour autant de cette façon.

Il y a quelques années, au Longleat Safari Park en Angleterre, il y avait une colonie de singes macaques rhésus et dans cette colonie, il y avait un macaque appelé Hugo.

Un jour, alors qu’Hugo était assis au milieu de sa bande et les regardait se gratter les parties pour la quatorzième fois, il eut un drôle de regard, soudain plus pensif.

Un mignon petit macaque passa alors par là et lui lança un regard de côté en retroussant ses gencives, mais Hugo n’était pas intéressé, il avait une meilleure idée, une idée à lui. Il utilisa ses mains à deux pouces pour grimper sur la plus haute des quatre branches d’un grand arbre dans l’enceinte et regarda de l'autre côté de la ville de Warminster.

Hugo avait entendu parler de la ville.

Il savait que Warminster, avec une population d'environ 20 000 habitants, était un paradis résidentiel, avec une bretelle de contournement étincelante, des bâtiments classés et protégés, construits en pierre de Chilmark et de Bath et en brique de Crockerton. Il savait que cette bourgade avait un charme d'antan qui reflétait l'époque où elle était un centre très fréquenté.

Et, tout cela lui plut.

Alors, pour changer, il gratta ses propres parties et prenant son élan fit un long mouvement de balancier réfléchi sur cette branche de l’évolution, et avec un cri de liberté, s’en alla. Au moins pour le week-end !

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