Rechercher

Razing a Nation de Nigel Roth (version française)

Mis à jour : mars 2


L’année 1978 est peut-être connue du grand public à cause de la folie de l'Unabomber à la Northwestern University ou grâce à la naissance d’un jeu d’arcade qui révolutionnera nos vies à jamais : Le Space Invaders.

Cette année-là pourtant connut d’autres événements marquants, parmi lesquels on pourrait citer le cas de David Michael Rorvik qui a affirmé avoir participé à la création d'un clone humain, ou, bien plus importante, la création au premier étage d’une maison de la très fréquentée Edgware Road à Londres, de la Ryness Valley Railway.

Ceux qui connaissent la RVR savent que, curieusement, l’entreprise était basée dans les Alpes suisses, que son matériel roulant provenait de l’ancienne Allemagne de l’Est, la RDA, de la CSD tchèque, de la MAV hongroise ou encore du PKP polonais, le tout tiré par des locomotives diesel bleues de la British Rail, et que le parc comprenait aussi quelques wagons avec des saucisses de porc Palethorpes sur le côté et des fourgons de fret plus anciens aux roues mal assorties.

Quoi qu'il en soit, la RVR roulait jour et nuit (surtout de jour) jusqu'à la ville de Ryness et retour, via quelques tunnels et une chute d'eau. De temps en temps, le train déraillait un peu, mais un ancien wagon-grue rouge, toujours à portée de main, remettait l’engin sur le droit chemin. Il n'y a jamais eu de morts, ni de blessés, bien qu'une vache ait été brièvement piégée sous une voiture de patrouille de la Mitropa.

À l’époque, j’avais 12 ans et le monde des modèles réduits à l'échelle HO représentait pour moi une distraction fantastique qui me changeait d’une activité nocturne, quelque peu illégale, qui consistait à remplir les étagères du magasin d'alcool de mon père, ou de la torture que représentait la résolution de longues divisions, dont l'utilité m'échappe encore quarante et un ans plus tard. Cette passion pour les modèles réduits de wagons de chemin de fer de toute provenance, sauf de Ryness, ne m’a jamais quittée, comme mon obsession pour la miniaturisation de tout ce que je voyais.

Le roi du Siam, aujourd'hui la Thaïlande, Vajiravudh, plus connu sous le nom de Rama VI ou Phra Mongkut Klao Chao Yu Hua avait aussi l’obsession du plus petit, une passion encore plus grande que la mienne. Il considèrerait sans doute les troubles actuels dans son pays comme dérangeants et fâcheux, et se lamenterait certainement sur les grincements de la transformation de la Thaïlande dans ce 21ème siècle.

Vajiravudh devint roi à l'âge de vingt-neuf ans et dirigea son pays jusqu'à sa mort en 1925. Il avait reçu une solide éducation très britannique au Collège militaire royal de Sandhurst près de Guildford, et suivi des études de droit à Christ Church à Oxford. Il faisait partie des convives invités à boire le thé et manger des crêpes au couronnement d'Edward VII en 1902.

C'est probablement au cours de son séjour en Grande-Bretagne que le roi Vajiravudh acquit cet amour quintessenciel pour tout ce qui est miniature, comme moi plus tard, peut-être grâce à Wenman Joseph Bassett-Lowke qui, en 1899, dynamisa le marché britannique du modélisme ferroviaire avec ses modèles réduits exceptionnels.

Alors que Bassett-Lowke fabriquait des connecteurs de couloir et dessinait des tampons et des bogies à Northampton, le roi Vajiravudh trouvait un terrain dans le parc Dusit, à quelques encablures de l'actuel bâtiment du Congrès à Bangkok, et commença la construction de la ville de Dusit Thani.

Pendant ce temps, à Londres, la Ryness Valley avait fait l’acquisition de trois splendides chalets alpins posés au sommet d'un virage dans un coin reculé, en attendant qu’ils nr deviennent accessibles par une nouvelle route.

La ville de Dusit Thani était évidemment grandiose. Elle comprenait des palais à échelle réduite et des bâtiments gouvernementaux, des hôtels et des restaurants, des gratte-ciels de douze étages, des services publics comme des hôpitaux et une caserne de pompiers, une tour d'horloge, des ponts, des canaux et des écluses en parfait état de marche, ainsi qu'une série de logements de domestiques.

La seule différence entre Dusit Thani et les chalets de Milton Keynes, est que Dusit Thani n'était qu’à un quinzième de la grandeur nature et avait un véritable but, alors que Milton Keynes à taille réelle n’en avait aucun.

Le roi Vajiravudh se retournerait sans doute dans sa tombe grandeur nature, en voyant à quel point le gouvernement actuel de Thaïlande glisse de manière inquiétante vers la dictature en arrêtant les principaux leaders du mouvement démocratique et en interdisant les réunions d’opposants, parce qu’il avait anticipé cette lutte il y a plus de cent ans déjà.