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Rien ne sert de courir… par Katia Elkaim

Mis à jour : mars 3


Vous serez tous d’accord avec moi pour dire que l’année 2020 a été désastreuse à bien des égards. Outre le fait que le COVID a occulté qu’il existait d’autres maladies dans le monde, en particulier d’autres virus tout aussi mortels, l’année au double zéro-deux aura permis un essor sans précédent de la technologie dans les foyers, technologie censée permettre le travail à distance, les loisirs et le maintien des relations sociales. L’utilisation des réseaux sociaux a explosé ; certains sont sous le feu de la critique (TikTok), tandis que les webinaires et autres logiciels de réunion à distance sont devenus la norme.

Derrière ces prouesses techniques, on trouve bien souvent des start-ups qui ont bénéficié de la crise mondiale pour imposer leurs produits et services à coups de financement massifs.

Cela m’a rappelé cette anecdote du début du 20ème siècle où le Préfet de Paris se plaignait de la pollution et des odeurs générées dans la capitale par le crottin de cheval. En 1900, la plus grande ville de France ne comptait pas moins de 80'000 attelages et près de 4000 cantonniers mobilisés tous les matins pour nettoyer les rues.

Un article du Figaro de 1907 s’en était ému, notamment en raison des dépenses considérables liées à cette situation insalubre et terminait son propos en misant sur une invention qui allait résoudre tous les problèmes : l’automobile.

Si au lieu des années 1910, nous étions en 2020, voilà comment les choses se seraient passées : Amédée Bollée, qui s’est appuyé sur les succès relatifs d’augustes prédécesseurs tels que Verbiest ou Trevithick, après avoir exposé sa « Mancelle » à l’exposition universelle de 1878, aurait écrit un « executive summary » pour décrire en quelque trois-quatre phrases bien senties, l’intérêt d’investir dans son tout nouveau véhicule. Il aurait notamment vanté sa vitesse, plus de 40 km/h et sa propreté puisque, selon les dires des fanatiques de la voiture, « les fumées bleues se dissipent dans l’air et ne sont donc pas nocives du tout ».

Puis, il aurait mis sur pied son « business plan » pour présenter les perspectives commerciales de son invention à force de graphiques, images et chiffres. Toutes ces données auraient alors été intégrées dans son « pitch » de 5 minutes, la moitié du temps nécessaire au ballon captif de Giffard pour monter et descendre les 500 mètres de sa course. Enfin, il aurait fait sa « due diligence », la valorisation de sa start-up, sa « cap table » et aurait terminé par un « closing » en beauté.

En 2020, l’histoire de l’autonomie du transport de passagers n’est toujours pas terminée. Si au début du 20ème, la question était de se défaire des animaux de bât, au 21ème, on cherche carrément à se défaire du pilote, avec une réussite encore relative. En effet, Uber, le spécialiste américain du VTC a finalement décidé de céder en 2020 son activité de développement de la voiture autonome à Aurora Innovations, après avoir essuyé un procès pour vol de brevets, vu son ingénieur, Anthony Levandowski, un ancien de chez Google condamné à 18 mois de prison pour avoir commis quelques gueuseries à l’égard de son ancien employeur, et assumé un accident qui a coûté la vie à une piétonne occupée sur son smartphone.

Ce ne sont toutefois pas les seuls ratés de cette année bizarre et maudite.

Autres exemples, le téléphone pliable de Samsung qui a plutôt fait plier l’entreprise ou les Google glass qui elles non plus n’ont pas connu le sort glorieux qui leur était réservé. Qui a envie de se promener avec un air de Power Ranger raté, et d’avoir dans son champ de vision deux mille informations en même temps ? En outre, ces lunettes connectées permettaient de filmer en douce, ce qui les a rendues immédiatement très impopulaires dans des lieux de discrétion où il a vite été interdit de les porter.

Que penser de cette société qui a envoyé une capsule sur la lune, pleine de tardigrades en pleine hibernation et qui s’est écrasée à l’arrivée. Il est peu probable que ces animaux aient survécu mais la question de l’exportation d’êtres vivants dans l’espace se pose désormais avec plus d’acuité, avec un risque non négligeable d’une forme très futuriste de pollution. Enfin, parlons de Quibi, financée à coups de plusieurs centaines de millions pour proposer des vidéos visionnables sur les seuls téléphones portables, pour un abonnement modique de 5$ par mois, sans penser qu’un service comme YouTube serait à coup sûr une concurrence difficile à battre.

Toutes ces déconfitures m’ont rappelé ce fameux Noël où, cherchant une nouvelle télévision, nous nous sommes vus proposés le top du top, Avatar à la maison, un écran 3D. Moi qui pensais voir Tarzan traverser mon salon sur sa liane, j’ai vite déchanté lorsque j’ai compris qu’il me fallait choisir entre la correction de mon hypermétropie, mes lunettes, et celles très lourdes et inconfortables de ma télé. J’ai été définitivement découragée après la quinzième dispute de mes enfants qui se battaient pour utiliser les deux paires qui nous avaient coûté plus de Fr. 200.- chacune, après les avoir cherchées pendant près d’une heure dans les coussins des canapés pour me rendre compte que les piles AAA avaient rendu l’âme.

Alors, cette année, je me suis rabattue sur le chocolat qui pétarade en bouche et les savons bio au Lilas et je dis : Vivement que 2020 s’en aille !


Picture by Cottonbro