Sauvez votre lard par Nigel Roth

Mis à jour : oct. 25


Alors que les États-Unis se pressent aux urnes pour élire un président blanc et vieillissant, en cette invraisemblable année 2020, je vous propose de laisser derrière vous les candidats tyranniques, narcissiques ou misogynes, et même Biden et Harris, pour me suivre dans l'État de Washington en 1938, un an avant qu'Adolf Hitler ne déclare la deuxième guerre mondiale.

Au mois de septembre à Washington, il pleut un peu plus que d’habitude, mais on peut encore profiter de deux mois de belles journées d'automne et de nuits assez fraîches pour bien dormir.

Dans la ville de Milton, située à mi-chemin entre la capitale Olympia et la ville de Seattle, sur la rive nord-est du Puget Sound, une élection est en cours, tout comme aujourd'hui.

En effet, Boston Curtis se présente comme candidat au poste de représentant républicain au comité de quartier, poste très important dans cette ville d'environ cinq mille habitants.

Bien que la campagne que mène Curtis soit très différente de beaucoup d'autres, elle présente des similitudes avec celle de l'actuel candidat républicain.

Tout d'abord, Curtis ne se base sur aucun programme particulier ; il semble suffire que les gens sachent qu'il est républicain. Il ne parle jamais de politique et n’évoque aucun projet concret. Il se contente de traîner les autres candidats dans la boue et de braire toutes sortes de bêtises à qui veut bien l'entendre.

Le fait que Curtis ait remporté cette élection à une large majorité devrait nous interpeller tous, notamment parce que Boston Curtis est une mule, vieille et stérile, et que cela pourrait facilement se reproduire dans un mois.

Boston Curtis est pourtant loin d'être le premier ou le dernier non-humain à briguer un poste politique.

En 1968, la guerre du Vietnam que Lyndon B. Johnson s'était juré de ne pas perdre faisait rage. Cette même année, le conservateur Enoch Powell déclarait à la Grande-Bretagne que l'immigration provoquerait des "rivières de sang" et alors que Pierre Elliott Trudeau était élu Premier ministre du Canada, Pigasus l'Immortel se présentait à la Présidence des États-Unis.

Contrairement à Saucisse le teckel de Marseille, qui a débuté dans la vie comme chien errant avant de devenir une célébrité de télé-réalité pour terminer sixième aux élections municipales en 2001, Pigasus n’était pas connu avant de se mettre en campagne. Il avait été incité à entrer dans l'arène politique par plusieurs membres du Parti de la Jeunesse Internationale, qui lui ont envoyé Phil Ochs, le chanteur protestataire, pour le convaincre autour d'un sac de vieux choux de faire le pas, et acheter ses services au fermier qui le possédait.

Les vieux choux ont sans doute suffi à rendre Pigasus heureux au moment où il se lançait, mais pour d'autres candidats comme Clay Henry, les brassicacées n'auraient pas été assez. Henry d’ailleurs fut souvent montré du doigt, alors qu'il était maire de Lajitas au Texas, pace qu’il passait trop de temps à des activités qui ne faisaient pas partie de ses fonctions officielles, comme grogner, donner des coups de pied ou consommer d'énormes quantités d'alcool.

Le fait qu'il boive dans un abreuvoir fixé au mur de son bureau, ou à même une bouteille de bière placée entre ses dents jaunies, montre à quel point Henry était peu engagé dans ses fonctions publiques, car bien qu'il soit une chèvre, il a fait l'objet de nombreuses critiques.

Son règne de maire prit fin lorsque son fils, Clay Henry Junior, l’assassinat brutalement dans son salon-salle de bain-cuisine et que, dans un geste très népotiste, il fut nommé à sa place. Junior, cependant, n'était pas à la hauteur de la tâche et passa l’arme à gauche en fonction. Il fut remplacé par Clay Henry III, brouillant les lignes entre le copinage et le professionnalisme politique, lignes qui sont aussi parfois difficiles à distinguer aujourd'hui qu'à l'époque.

Une fois confirmé comme candidat à la Convention nationale démocrate de Chicago, Pigasus - dont le nom est dérivé de l'expression "when pigs can fly" - demanda, on suppose par la voix de ses co-listiers, la protection des services secrets américains pour assister aux briefings de politique étrangère de la Maison Blanche. Mais au cours de son discours inaugural, il fut arrêté avec ses collègues, même si par la suite les accusations portées contre lui furent jugées ineptes. Tous furent libérés, moyennant paiement de vingt-cinq dollars de caution par chacun des membres de la campagne.

Pigasus s’est vu refuser l'accès à la Maison Blanche parce qu'il était un porc. D’autres pourtant y ont accédé.

Les élections au conseil municipal de Sao Paulo en 1958 ont vu la nomination du candidat Cacareco. Bien qu'un peu téméraire et lourdaud, il semblait être le leader ayant le poids politique nécessaire pour s'attaquer à la corruption endémique du gouvernement. Comme certains candidats aux élections américaines de ce mois-ci, il avait la peau épaisse et marchait sur les pieds en avançant. Mais contrairement à la situation Outre-Atlantique, il était rhinocéros.

Pigasus et ses collègues de campagne furent accusés de trouble à l'ordre public et de perturber la paix en ayant amené un cochon à Chicago (ou, dans le cas du cochon, de s’être rendu à Chicago). Lors du procès des Chicago Seven pour conspiration, tous (sauf Pigasus qui a été séparé des autres et mis en cage) furent interrogés sur l’animal. Contrairement à de nombreux autres politiciens qui se sont présentés à la présidence, les sept ont déclaré que dès le début, Pigasus avait été dûment informé de son rôle et qu'il était parfaitement préparé à assumer sa campagne, bien que son slogan de campagne "Make America Grunt Again" ne soit que spéculation.

Un autre candidat dont le slogan fut essentiel pour sa campagne était Tiao, qui brandit le slogan "Vote monkey, get monkey", et qui non seulement s'est présenté à la course à la mairie de Rio de Janeiro en 1988, mais y recueillit plus de quatre cent mille voix.

Certains candidats pourtant n'ont pas accès aux fonctions politiques, alors même que techniquement ils ont gagné l’élection. C’est le cas d’Al Gore en 2000 ou d’Hilary Clinton huit ans plus tard et ça a été le cas pour Barsik le chat en 2015.

Le félin s’était présenté à la mairie de la ville sibérienne de Barnaul, contre six candidats humains, et réussit à remporter 91 % des voix. Le slogan de Barsik était assez prédictif : "Seules les souris ne votent pas pour Barsik", et même s'il a donné plusieurs interviews bien plus sensées que certaines que nous avons vues récemment, il n'a pas été autorisé à prendre ses fonctions parce qu'il était un chat, condition qu’il ne pouvait dissimuler.

Bien sûr, comme cela arrive souvent lorsque les candidats ne sont pas retenus, Pigasus l'Immortel n'était en fait pas du tout immortel. Sa vie après sa course à la présidence reste un mystère, bien que le destin le plus évident soit peut-être le bon.

Et cela devrait nous servir d'avertissement pour les prochaines élections.

Que vous soyez une vieille mule stérile, une célébrité trash de la télé-réalité, une chèvre népotiste, un singe essayant désespérément de convaincre des électeurs branchés, ou une chatte ayant des liens avec la Russie, il est toujours possible de ne pas sauver son lard.

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