• Facebook
  • Twitter
  • Instagram
  • LinkedIn - Gris Cercle

Copyright © 2019 | Empowerment Foundation | info(at)empowerment.foundation

Spotifood, blockchain et taxe climat universelle

News from the future #3

Tous les 15 jours, notre directeur embarque dans sa DeLorean 🚙 pour vous rapporter des nouvelles du futur... Abonnez-vous à nos #NewsFromTheFuture


01.04.2029. Cette semaine ma DeLorean se gare devant un supermarché. J’ouvre la portière, je sors. Je me retrouve à quelques mètres d’un homme qui affiche un grand sourire. Il avance vers moi. Derrière ses lunettes, il regarde dans ma direction, pourtant j’ai l’impression qu’il ne me voit pas… mais non, il ne me voit vraiment pas ! Il me fonce dessus ! Ce n’est que lorsqu’il me percute qu’il s'aperçoit de ma présence. Il se confond immédiatement en excuses:


- Oups ! Pardon Madame. Euh. Monsieur. Désolé. J’étais plongé dans mon ticket de caisse électronique. Seulement CHF 7,4 de taxe pour le climat sur des courses pour toute la semaine ! Pas mal, non ?


- Pardon ? La taxe pour le climat ? Excusez-moi, je ne suis pas d’ici, que voulez-vous dire par là ?


Il me raconte alors que c’est une taxe mondiale, entrée en vigueur début 2027. C’est la concrétisation de la signature de l’accord de Shenzhen par les 197 pays qui, en 2024 et sous la pression des « Fridays for Future » ont fini par suivre les recommandations de l’OCDE : répercuter les coûts énergétiques réels de production, transformation, stockage et distribution des produits sur le consommateur. Résultat: il paye aujourd’hui 2 centimes de taxe sur un kilo de pommes cultivées localement, alors que cette contribution s’élève à CHF 4,3 sur un kilo de bananes péruviennes. « Autant vous dire que je ne mange plus beaucoup de bananes », me dit-il.


Quand je l’interroge sur la complexité de mise en place d’un tel impôt, il m’explique que pour les commerçants, cela n’a effectivement pas été simple à mettre en place. Pour pouvoir calculer le coût énergétique de chaque produit, toutes les chaînes d’approvisionnement ont dû être revues et monitorées de bout en bout. Comme l’avait prévu IBM, la traçabilité des denrées est à présent assurée par la blockchain, dont les maillons faibles sont sécurisés par des organismes de certifications ou des dispositifs technologiques anti-contrefaçon.


"Il lui suffit de regarder un produit pendant 3 secondes pour que ses lunettes de réalité augmentée affichent s’il est sain et la taxe climat qui lui est associée"


En revanche, pour les clients, les choses semblent avoir été beaucoup plus faciles. Ce quarantenaire m’assure qu’il n’a jamais eu besoin de passer des heures à lire les petits caractères des étiquettes pour prendre à la fois soin de sa santé et de la planète. Parce que, dans la lignée de Yuka, de nombreuses start-up ont créé des applications qui scannent les marchandises et présentent les informations utiles les concernant, de façon claire et synthétique. Lui a choisi Spotifood. Il lui suffit de regarder un produit pendant trois secondes pour que ses lunettes de réalité augmentée affichent s’il est sain et la taxe climat qui lui est associée, me montre-t-il en me posant ses lunettes sur le nez et en plaçant un paquet de gâteaux devant mes yeux. Enthousiaste, il poursuit :


- Plus je l’utilise, plus Spotifood connaît mes goûts et m’assiste dans mes choix. Son algorithme lui permet de me faire des suggestions en fonction de mes achats passés. Face à chacune de ses propositions je peux soit regarder vers le sol pour la faire disparaître, soit lever les yeux au ciel pour l’accepter et me laisser guider vers le bon rayonnage. Un peu comme dans cette vieille app de dating dans laquelle il fallait swiper à droite ou à gauche sur un téléphone, vous vous souvenez ?

- Tinder, oui, je vois bien l’idée. Alors c’est pour ça que vous m’êtes rentré dedans ? Vous ne regardiez pas dans le vide mais des infos présentées par vos lunettes ?


- Oui. D’ailleurs, avant je venais avec mon fils faire les courses. Il aimait bien choisir les fruits, porter le pain et en profiter pour manger le crouton, voir l’étal des poissons... Mais il s’est fait bousculer à plusieurs reprises et ne veut plus venir. Ce n’est pas un endroit pour les enfants. Chacun est concentré sur les informations que superposent ses lunettes sur la réalité, moi le premier. Si un gamin de 4 ans venait à passer, moi aussi je le percuterais. De toutes façons il est mieux à la maison. S’il était là, il me demanderait tels yaourts, tels barres de chocolat. Et je m’énerverais à essayer de lui expliquer que non, ce ne sont pas des bons choix. Que Spotifood est data-driven et que donc il ne se trompe pas. Non. Vraiment. Il est mieux à la maison. Mon chariot autonome est beaucoup plus docile que lui !


Sur ce, l’homme me salue et reprend son chemin. Il est effectivement suivi par un étrange engin qui ne le lâche pas d’une semelle. J’en sais assez pour aujourd’hui. Je remonte dans ma voiture direction 2019.


Ce que je retiens de ce voyage :

  • La promesse d’une réalité augmentée qui, puisqu’elle s’intègre dans le réel, ne nous couperait pas du monde n’a pas été tenue.

  • Même conçus avec les meilleures intentions, les algorithmes de recommandations demeurent des outils statistiques qui s’appuient sur nos choix et ceux des gens qui nous ressemblent. Ils restreignent par construction le champ de nos possibles et grignotent notre libre arbitre.



Charles Foucault-Dumas

Directeur - Empowerment Foundation

charles@empowerment.foundation


Texte écrit en écoutant:

Lost in the supermarket

de The Clash




La lecture de ces articles ont été utiles à la rédaction de celui-ci:

Carbon footprint of apple and pear: orchards, storage and distribution

Transports des aliments - Alimentarium

Empreinte hydrique du secteur bananier

Disclaimer

Cet article est une invitation à se projeter dans le futur. Il imagine comment les développements technologiques d'aujourd'hui pourraient impacter la société de demain. Bien que basé sur des faits réels, il n'en demeure pas moins une fiction.