Rechercher
  • Ambassadeur

Suivre le filon par Nigel Roth


Alors que les États-Unis se trouvent en pleine guerre civile, cette fois pour protéger les citoyens noirs de la violence institutionnelle plutôt que pour les libérer de l'esclavage, l’histoire démontre que l’on crée à chaque fois que l’on se rebiffe.

Si au début, les innovations ne semblent pas forcément vouées à un grand avenir, il arrive qu’elles prennent de l’essor au fil des générations, rivet après rivet.

Tout commença à la toute fin du Moyen-Âge, lorsqu'une une « sarta » surgit de l'arrière-boutique de son atelier de couture génois et clama à qui voulait l'entendre qu'elle avait créé un nouveau tissu apte à battre la concurrence française. Fière de sa réussite, elle imaginait sa création faire la pluie et le beau temps sur le marché français.

Ses rivaux français travaillèrent effectivement dur pour défier ce modèle original, et sont passés tout près d’y parvenir. Un tailleur de Nîmes aurait semble-t-il été tout aussi excité à l’idée de lancer son propre matériau.

Pour ses clients français, la couturière appela son tissu simplement " Gênes ", du nom de sa ville natale. En réponse, le tailleur dénomma son produit « de Nîmes », d'après la sienne.

Ce fut le début de cinq siècles de symbolisme historique où des marins italiens épissaient la grand-voile dans leur jean et des fermiers français passaient leur saison dans un pantalon en denim.

Depuis cette époque, le jean a toujours été présent et si vous examinez les photos des récentes manifestations, vous verrez que tous en portent, qu'il s'agisse de manifestants pacifiques, de pillards ou fauteurs de troubles, de contre-manifestants ou de personnes de hasard, sans lien à la cause, qui boivent un café au passage de la foule.

Et pourtant, si je vous disais de peindre votre salon en bleu denim, vous rechigneriez probablement à l'idée ; cette couleur ne serait sans doute pas votre premier choix car vous la trouveriez difficile à assortir avec vos rideaux ou vos meubles.

Mais lorsqu'il s'agit de jeans, ils sont apparemment indispensables, car ils vont avec à peu près tout. Pouvez-vous imaginer votre placard sans eux ? En tout cas, depuis 1871, aucun marin, aucun fermier, aucun Américain ne le peut.

Pourquoi cela : Parce qu'un drebnieks letton du nom de Jacob Youphes, arrivé aux États-Unis en 1854, a créé le jean que vous portez aujourd'hui. Il travaillait à San Francisco à la fabrication de couvertures pour chevaux et de tentes de mineurs, lorsqu’on lui demanda de fabriquer des pantalons solides pour un menuisier. Youphes répondit à la commande en utilisant le rouleau de tissu d'une connaissance appelée Levi Strauss. Bientôt les deux s’associèrent, en utilisant, pour renforcer les coutures, le rivetage en cuivre breveté de Youphes (qui a anglicisé son nom à Davis, un peu comme Friedrich Trumpf l'a fait à son arrivée de Bavière quelques années plus tard).

Si l'orthographe moderne du mot "jeans" est due au commerçant suisse Jean-Gabriel Eynard, qui a inventé l'expression "bleu de Gênes", tout était destiné à ce que des wagons entiers de jeans essaiment.

Et tel fut le cas.

Cette toile conquit les fermiers et les ouvriers agricoles, puis les éleveurs et les valets de ferme. Elle a habillé les chauffeurs et les éclaireurs, les cow-boys et les voleurs, les hommes de loi et les shérifs, et les bandits armés comme Haskay-bay-nay-ntayl, plus connu sous le nom d'Apache Kid, qui a même disparu dans le désert en portant sa paire.

Les jeans sont allés chez les constructeurs de navires et les carottiers, les débardeurs et les dockers comme ceux de Dongri, en Inde, qui ont prêté leur nom aux salopettes, car les Britanniques ne savaient pas prononcer ce mot correctement.

Ils ont gagné les orpailleurs et les mineurs à la recherche de cuivre, d'or et d'argent, dans les Black Hills du Dakota du Sud et du Wyoming et à Mount Baker dans l'État de Washington, et en Alaska dans des endroits comme Nome et Fairbanks, et chez l'entrepreneur suisse Johann August Sutter, qui a perdu sa chemise dans la ruée vers l'or, mais a toujours gardé son jean.

Et après avoir parcouru les USA en gardant les jambes des ouvriers au chaud et en sécurité, ils ont croisé le chemin de James Dean qui s'est rebellé en les portant et a fait en sorte que le jean symbolise autre chose que le labeur. Aujourd'hui, le "bleu de travail" est symbole d’une contre-culture, et bien que dès 1940, certaines maisons de couture aient utilisé le denim pour créer des looks uniques, personne n’était préparé au mouvement hippie.

Puis, le jean a fait son chemin depuis ces étés d'amour sans limites jusqu'à la penderie de Claire la relax et Larry le décontracté, leur permettant de se sentir un peu plus branchés au supermarché. Ils portaient leur pantalon de manière plus ample que les hippies, à cause de leur silhouette, et ont réinventé un style pour répondre à ce besoin, utilisant des appellations qui leur donnaient l'impression d'être plus industrieux qu’ils ne l’avaient jamais été. Les charpentiers avaient bouclé la boucle.

Dans les années 1980, les jeans ont été « stonewashed» pour briser la couleur et la monotonie des banlieues et ressentir ne serait-ce qu'un soupçon de rébellion ; le train était en marche. Les décennies suivantes ont vu des décolorations et des déchirures, un rappel quotidien des richesses disponibles et de l'abondance, en plus de dévoiler les secrets que pourraient receler des genoux.

Et d'hier à aujourd'hui, alors que l’on se bat pour effacer les stigmates des mensonges raciaux et réparer les torts causés par les préjugés et la haine, ce pourrait être le jean qui symboliserait - sans même essayer - une certaine essence de l'unité culturelle.

C'est une histoire captivante. Voyons comment elle se termine !

0 vue

©2020 par Empowerment foundation