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Taking the bait (version française) par Nigel Roth

Mis à jour : mars 3


Si un jour nous sommes à nouveau autorisés à voyager, vous aurez peut-être envie de visiter un endroit fabuleux : un zoo ou un Institut dédié à la nature en Louisiane, une ville de Pennsylvanie, un country club, un musée et son parc dans l’État du Kentucky, un comté dans l'Iowa, un pont dans le Mississippi, un rond-point dans le Massachusetts, une promenade et une avenue à New York, un sanctuaire d'oiseaux en Alabama, un refuge d'animaux sauvages dans le Dakota du Nord, un quartier du Minnesota, une galerie en Floride, un centre de conservation dans le Missouri, un centre de loisirs au Texas, un "metropark" (je ne sais pas non plus ce que c'est) dans l'Ohio, une montagne dans le Colorado, un lycée dans le New Jersey ou encore une école primaire dans l'Illinois.


Le point commun de tous ces endroits merveilleux est leur dédicace à ce grand ornithologue, naturaliste et illustrateur américain, John James Audubon.


Mais, bien sûr, vous me connaissez, vous savez donc que je vais bousculer ces endroits et vous apporter un peu de vérité.


John James Audubon était en fait un Français, né aux Cayes, dans la colonie française de Saint-Domingue, aujourd'hui Haïti. Son nom n'était pas Audubon, mais Rabin. Jean-Jacques Rabin.


Mais avant de vous précipiter pour changer le nom du Centre d'affaires et de technologie Audubon ou celui du Quartier historique de la terrasse Audubon, ou encore de la goélette John J. Audubon qui se trouve au fond des mers quelque part, soyez heureux qu'il y ait eu au moins un homme de bonne éducation, que l’on a pu arborer sur de prestigieux monuments.


Sauf qu'il était le fils du lieutenant Jean Audubon, un pirate français et de sa maîtresse bretonne Jeanne Rabine, une femme de chambre, morte alors qu'il n'avait que quelques mois.


N’allez pas tout de suite rebaptiser la Société Audubon, parce que le père d'Audubon était en fait un homme droit et moralement irréprochable qui aimait ses enfants.


Même si, bien sûr, il ne savait pas combien il en avait vraiment. Il aurait pu en avoir dix, peut-être vingt ; certains par sa gouvernante Catherine Bouffard, avec qui il a eu d'autres enfants après que sa première maîtresse soit passée de vie à trépas, et qui a ensuite élevé Jean-Jacques, avec l’aide d’une pléthore d'autres serviteurs dont les noms ne seront jamais révélés car je ne les connais pas.


Mais je ne suis pas ici pour vous parler de personnes dont le pays natal a été oublié ou égaré, comme Thomas Paine, l'écrivain et pamphlétaire politique influent, dont les articles Common Sense et Crisis ont déclenché la révolution américaine qui a abouti à la création du pays que Rabin a adopté, et qui est en fait né au coin (géographiquement parlant) de la rue où j’habite, dans le comté de Norfolk, en Angleterre.


Non, je suis ici pour vous parler d'une facette de Jean-Jacques peu connue.


Mais avant de commencer, je voudrais que vous vous détendiez, que vous fermiez les yeux et que vous pensiez à des sirènes. Enfin, à une sirène en particulier, qui était si grotesque que vous souhaiterez peut-être malgré tout ouvrir les yeux.


Elle s'appelait Fiji ou Feejee ou Fran, je sais, c’est flou. Notre vieil ami, ce monument de l'exploitation humaine et de la dégradation, Phineas Taylor Barnum, a dit un jour qu'il avait vu un "affreux petit spécimen noir, sec, d'environ un mètre de long", avec une bouche béante et des bras agités, "lui donnant l'apparence d'être mort après une longue agonie". Ces propos destinés à sa propre mère ne laissaient plus aucune chance à la pauvre sirène.


La sirène connut un succès absolu auprès de spectateurs fascinés par son spectacle. Ce "spécimen" que Barnum exposa dans le monde entier au cours du premier quart du XIXe siècle était composé de deux parties : la moitié supérieure était celle d'un jeune singe, à la bouche pleine de dents pointues, et la moitié arrière, celle d'un gros poisson, rempli d'écailles, de poils d'animaux avec des seins pendants.


La sirène avait été achetée à des marins japonais en 1822 par un certain capitaine Samuel Barrett Edes. Les vendeurs avaient fait de leur mieux pour garder leur sérieux jusqu'à ce que ce dernier ait complètement disparu dans son bateau, vers un horizon rempli de moqueries.