Un paysage détruit par Nigel Roth



Nous sommes en 1953.

Le président Truman dit au monde que les États-Unis ont mis au point la bombe à hydrogène, la CIA se réunit pour discuter d'objets volants non identifiés et des essais nucléaires dans le Nevada secouent les esprits de quiconque ne sait pas encore quel impact la guerre froide pourrait avoir.

Pendant que tout cela se produit, Marilyn Venable s’assoit dans sa cuisine, au Texas, et décrit les effets de la dépendance totale à la technologie et ses conséquences.

La terrifiante histoire qu'elle raconte glace le sang et les années n’ont pas altéré ce sentiment. Aujourd'hui encore, quand vous lisez sa nouvelle, vous savez que vous êtes dans la " Quatrième Dimension ".

Ainsi, et avant même que, sept ans plus tard, Rod Serling ne le diffuse sur les ondes, le récit « Time Enough At Last » (Assez de temps, enfin), publié à l'origine dans le magazine If: Worlds of Science Fiction, avait secoué ses lecteurs.

La question de savoir si Marylin Venable a été inspirée par le Fahrenheit 451 de Bradbury peut rester ouverte. Une chose est sûre cependant, elle l'a écrite pour nous. Lorsqu’en 2012, on lui a demandé pourquoi elle avait écrit quelque chose d’aussi épouvantable, elle répondit : "Je ne me fais pas peur. J'effraie les autres".

Et nous pouvons avoir peur.

Et même être terrifiés.

L'histoire que raconte Venable est celle d'Henry Bemis, un homme qui n’est intéressé au quotidien que par les livres et la poésie. Son endroit de prédilection pour la lecture est à l’intérieur d’un coffre-fort. Quand une bombe tombe, le coffre-fort le sauve. Mais ce n'est que le début de l'histoire, car sa détresse à la découverte qu'il est désormais seul au monde le conduit à vouloir mettre fin à ses jours, projet qui n’est contredit que par la découverte que la bibliothèque est intacte, et qu'elle lui offre un million de livres à lire jusqu’à la fin de temps.

Dans son récit, Venable nous fait partager un pan de la vie de cet homme.

Tout d'abord, nous ressentons ce que cela fait que d'être à la pointe de l'anti-intellectualisme que Venable discernait et que nous voyons poindre maintenant, en particulier aux États-Unis où se déroule cette histoire. Bemis est d’abord rabaissé et mis à l'écart comme une non-personne, jugée inutile et auto-satisfait. Son désir de connaissance est tragiquement perçu comme un signe de faiblesse et non comme une qualité, et sa dépendance aux livres et au savoir révèlerait son manque de libre arbitre.

Puis, lorsqu’il découvre que la bibliothèque a été miraculeusement épargnée (ne demandez pas comment), il est heureux à l'extrême. Sa solitude se transforme rapidement en isolement volontaire et il retrouve sa passion et son désir de vivre, et nous donne à notre tour le goût de la solitude. Ces livres sont vraiment ses amis, et il est heureux.

Mais, bien sûr, cela ne peut pas durer. Le dernier homme sur terre, rat de bibliothèque avec tous ces livres à lire, trébuche et brise ses lunettes, l’empêchant de lire ces ouvrages qui lui promettaient tout. Bemis est désemparé - bien qu'il eût probablement pu aller débusquer dans un magasin une loupe qui pourrait peut-être aussi avoir miraculeusement survécu à la bombe - mais c’est une fiction et il ne l'a pas fait.

Son avenir tout entier est ruiné par l'absence de lunettes ; sa dépendance absolue à cette forme de technologie le conduit à sa perte.

Remplacez les lunettes par votre accès à Internet et la bibliothèque de briques et de mortier par une collection de livres électroniques.

Il suffit de peu : un réseau électrique trop vaste, un ingénieur peu attentif ou un câble défectueux qui finit par se rompre, et vous êtes le Bemis de Venable. L'intellectualisme contrecarré et vous êtes à nouveau seul au monde.

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