Up the garden path (version française) par Nigel Roth



En 1817, le Baron Karl von Drais parcourut treize kilomètres en une heure, non pas sur son cheval, qui aurait couvert cette distance en treize minutes environ, mais sur sa Laufmaschine, autrement dit son vélocipède.


Avec sa structure en bois, ses roulements à billes logés dans des bagues en laiton, son frein sur la roue arrière et son mécanisme d'auto-centrage, ce "cheval dandy" était bien l’ancêtre de la bicyclette.


En quelque deux siècles, on passera d’ailleurs des 22 kg de la Laufmaschine aux 2,8 kg de l’incroyable vélo de route sur mesure de Gunter Mai au XXIe siècle.


Si je peux m’attendre à trouver la « Draisine » de Drais, le nom a subi plusieurs changements au fil des ans, dans un musée, et la création anonyme de Mai sur les routes sèches et dégagées du désert de l'Arizona, je ne m’attendais pas à trouver un VTT presque neuf, d’une valeur d’au moins quatre cents dollars, verrouillé à l'extérieur de mon portail, m'empêchant de l'ouvrir pour sortir du jardin.

Mon fils, lorsque nous l’avons découvert m’a dit que ce vélo lui rappelait le théologien allemand Gustav Adolf Deissmann, qui, sous les auspices du ministère turc de l'éducation, avait trouvé une mystérieuse peau de gazelle, don de sa propriétaire à titre posthume je présume, avec des inscriptions dessus. Il s'agissait d'une carte, ignorée jusqu'en 1929 lorsque Deissmann mit la main dessus, et dont l'importance fut confirmée par l'amiral et cartographe ottoman, Piri Reis.


À l'époque, c'était le seul exemplaire connu de la carte du monde de Christophe Colomb, et elle montrait que l'Amérique du Sud avait été correctement positionnée en 1513 déjà. Elle représente l'Europe et l'Afrique du Nord, la côte du Brésil, les Açores, les îles Canaries, et même Antilia, dont on pense qu’il s’agit d’un territoire mythique. Ce qui est encore plus étrange, c'est qu'elle cartographie l'Antarctique, qui a été "découvert" trois cents ans plus tard, et qu'elle décrit la topographie du continent comme étant libre de glace, ce qui a peut-être donné aux experts un indice de sa validité.


Deissmann a apparemment mis sa découverte en lieu sûr, comme je l’ai fait avec ce vélo qui s'est matérialisé devant chez moi et qui est maintenant posé dans mon couloir. Un ami à qui j’en parlais a pensé au mécanisme Antikythera.


Il m’a dit que l'horologium Antikythera était une pièce de technologie tellement incroyable, que rien d’aussi sophistiqué n'avait été vu avant le quatorzième siècle. C’était un travail d'artisanat étonnant au point que la plupart des chercheurs supposent que l'objet a dû avoir des prototypes, bien qu'aucun n'ait été trouvé. Cet objet a été découvert à quarante-cinq mètres de profondeur sous l'océan, et est constitué d'un ensemble de roues dentées parfaitement alignées, montées dans une boîte.


D'après la connaissance que les archéologues et les historiens ont des Grecs et de leurs réalisations scientifiques, l'horologium Antikythera ne devrait même pas exister, car il est aussi perfectionné qu'une horloge du XVIIIe siècle du plus haut niveau de complexité et de fabrication, ce qui le rend peut-être un peu suspect.


Quoi qu'il en soit, je suis allé au poste de police et j'ai discuté de cette bicyclette avec le sergent de service, en lui expliquant que je n'avais pas eu besoin de forcer le cadenas, car il était déjà mystérieusement desserré.


Il m'a dit, d'un signe de tête casqué, que cela lui rappelait Max et Emma Hahn, qui, au printemps 1934, avaient trouvé un marteau vieux de quatre cents millions d'années lors d'une promenade, et étaient allés directement voir une équipe d'archéologues, après avoir seulement eu besoin de le dégager, sur le buffet, de la roche de l’époque ordovicienne – avant que ma mère ne naisse – dans laquelle il était encastré.


Ce marteau ancien était si vieux qu'une partie du manche avait commencé à se transformer en charbon, ce qui a encore reculé sa la date de sa fabrication de cinq cent millions d'années. Ces chiffres sont vertigineux, et quelque peu incroyables, et de nombreuses controverses autour du marteau et de son origine continuent à perturber le sommeil des scientifiques jusqu'à ce jour.


Mais ils n'inquiètent pas les créationnistes qui prêchent allègrement que la qualité atmosphérique de la terre avant le déluge doit être responsable de la perception de l’âge de ce marteau, et des géants qui l'utilisaient. Après avoir, par la suite, revendiqué l'artefact pour eux-mêmes, ils ont restreint l’examen scientifique de l’objet au détriment de la vérité, plaidant la mésaventure religieuse, alimentant la suspicion de tous.


Ce que nous savons apparemment du marteau, c'est qu'il est fabriqué à partir d'un fer d'une pureté impossible à atteindre sans assistance technologique, un peu comme le vélo qui se trouve dans mon couloir.


Un vélo, d'ailleurs, que j’avais immédiatement et clairement repéré depuis la fenêtre de mon salon, tout comme mon voisin et ses yeux de lynx l’avait fait.


Il m'a dit que c'était comme si j’étais tombé par hasard sur les murs de Sacsayhuaman, près de Cuzco, quelque chose de vraiment inattendu.


Les murs, m’a-t-il expliqué étaient stupéfiants lorsque l’on pense que les conquistadors, n'étaient venus que pour conquérir un peuple faible et le tuer en chemin d’un seul souffle.


Ils les ont trouvés faits de trois cercles concentriques comme un oignon, chacun d'environ trois cent cinquante mètres de long et six mètres de haut. Ils ont été construits sans mortier, et sont si finement sculptés et étroitement liés les uns aux autres que les scientifiques ont eu du mal à reproduire l'étanchéité des joints.


Depuis que l’on a découvert ces murs, les experts se creusent les méninges en se demandant qui a bien pu les construire et les sculpter aussi parfaitement. Ceux-là avaient certainement plus de savoir-faire technologique que le type qui a "verrouillé" son vélo à mes portes.


Il n’était d’ailleurs pas possible de tomber par hasard sur ce vélo, comme l'ont fait les chercheurs de murs, parce que sa présence orange vif détonnait dans la verdure anglaise. Après l’avoir détaché de mon portail, je l’ai doucement fait rouler jusqu’à l’endroit où il allait attendre l’idiot qui l’avait laissé là.


Ces roues ont rappelé en passant à ma fille aînée, les mystérieux disques de pierre trouvés dans les grottes des montagnes de Bayan Har.


Ils ont été découverts en 1938 par l'archéologue chinois Chi Pu Tei, cachés sous d'épaisses couches de vieille poussière. Il y en avait des centaines, et il est vite devenu évident qu'ils ressemblaient à des disques de cire, avec un cercle au centre et des sillons en spirale tout autour. Lorsque le chercheur chinois Tsun Um Nui a regardé ces sillons de plus près, à la loupe, il a découvert que les disques contenaient en fait des milliers de hiéroglyphes, qui, une fois traduits, racontaient une histoire étonnante.


Le texte, dit-il, comprenait la ligne suivante : "Les Dropa sont descendus des nuages dans leur avion. Nos hommes, femmes et enfants se sont cachés dans les grottes dix fois avant le lever du soleil. Quand nous avons enfin compris le langage des signes des Dropas, nous avons réalisé que les nouveaux venus avaient des intentions pacifiques".


Et c'est ainsi que serait arrivé le peuple Dropa, selon le récit, dans un vaisseau spatial qui se serait écrasé. Ils semblent avoir dû s'adapter à la vie sur Terre faute d’avoir trouvé un bon mécanicien, spécialiste des voyages spatiaux intergalactiques.


Il est amusant de constater que les traductions de Tsum Um Nui n'ont pas suscité l'enthousiasme auquel il s’attendait et qu'il a fini par s’exiler au Japon, où il est mort tranquillement.


Et, contrairement au vélo qui orne toujours mon couloir, on n'a jamais revu les pierres, comme si elles n'avaient jamais existé, ou alors il les a emmenées sur la planète Dropa, sur des ailes que le guidon de mon mystérieux vélo rappelait à ma plus jeune fille.


Des ailes, s’est-elle aventurée, très semblables à celles de l'oiseau de Saqqara, découvert par le Dr Khalil Messiha en 1898. Alors que les archéologues fouillaient le tombeau du Pa-di-Imen en Égypte, Messiha a découvert un artefact en bois de sycomore, en forme d'hydravion.


Si les historiens savent que les Egyptiens connaissaient les principes de l'aviation il y a deux mille ans, l'avion à oiseaux présente toujours une étrangeté. L'objet ne ressemble à aucune espèce d’oiseau connue de cette époque et de cette région.


Alors que certains pensent que c’est la preuve que les anciens Égyptiens ont inventé le premier avion, d'autres disent qu'il s'agit plutôt d'une sorte de planeur, car la technologie permettant de propulser dans les airs un appareil n’existait pas. D'autres encore haussent les épaules et sourient.


Une technologie, selon le coursier d'UPS, qui a zieuté le vélo lorsqu'il a livré un colis, telle que sa dynamo.


Tout en agitant son dispositif de signature électronique sous mon nez, il m’a expliqué que cette technologie était semblable à celle de la batterie de Bagdad, un récipient en argile de deux mille ans, avec un cylindre en cuivre à l'intérieur, et une tige de fer oxydée au centre de celui-ci. Certains disent que c’est la plus ancienne batterie connue, tandis que d'autres, plus rationnels, disent que c'est juste une ancienne coupe, ce qui est exactement ce à quoi ça ressemble.


Mais il reste, comme beaucoup de ces étranges découvertes, ce vélo adossé à mon mur ; et, comme la police m'a dit qu'elle n'enregistrait pas les vélos volés dans ma ville de toute façon, cela restera probablement ainsi pour toujours, et peut-être que quelqu’un, dans le futur se mettra à réfléchir à ce mystère.


Picture by Haydan As-soendawy

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