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Vaccinés ou pas je vous aime par Alexandre Iordachescu



Vaccinés ou non-vaccinés, je vous aime, tels que vous êtes.


Il fallait l’écrire pour signifier que le post qui suit n’est pas au sujet de la vaccination.

Je vais tenter en revanche de faire une mise en perspective de ce que nous sommes en train de vivre, ainsi que - en fin de ce texte - un petit exercice de science-fiction et d’anticipation.


Commençons par l’actualité. Dans un entretien accordé au Temps, le PDG de Moderna Stéphane Bancel nous explique sa vision : « nous aimerions [… ] proposer un produit adapté comme un iPhone, avec des applications et des versions régulièrement mises à jour. Vous aurez le Moderna 2023, le Moderna 2024, le Moderna 2025… Il sera non seulement adapté au virus de l’année, mais en plus il y aura chaque année au moins un virus en plus. » ( article publié dans Le Temps du 23 Septembre, interview de Richard Etienne ).


Je comprends la vision de Stéphane Bancel. Dans ma (première) jeunesse, j’ai été nourri par les fantasmes du transhumanisme technologique, par ses utopies et ses dystopies.

Ceux qui me connaissent savent que j’ai ouvert le premier café Internet à Genève (le Cyber-T) et câblé tout Artamis avec du DSL à une époque où on se connectait encore avec des modems 28k, en croyant fermement que notre temps était venu, que la technologie allait ouvrir une ère de prospérité et de liberté(s).


Le rapport de l’être humain à la science et à la technologie me passionne depuis l’adolescence. J’ai eu l’immense privilège de rencontrer des scientifiques et chercheurs dans des domaines aussi variés que l’astrophysique, l’IA, les biotechnologies, la philosophie des sciences ou la physique des particules. La vision du monde de ces chercheurs, leur passion, créativité et persévérance m’ont énormément inspiré. Je leur voue beaucoup de respect et je leur suis profondément reconnaissant pour l’infinie patience et générosité qu’ils ont eu à m’expliquer un peu de leur travail.


C’est pourquoi, grâce à cette passion que j’ai également pour la science et la technologie, je suis en mesure de comprendre la vision de Stéphane Bancel.


Mais je ne la partage pas.

Je ne pense que cette vision est erronée. Elle est au contraire très logique et cohérente si on dissocie l’homme de la nature, l’organisme humain des autres organismes. Et il faut reconnaître que M. Bancel ne fait que répondre positivement à ce que notre civilisation et nos sociétés s’emploient à faire, à coup de marche forcée : chaque jour, le fossé entre les humains et le reste de la nature se creuse davantage, au point où notre ère a été baptisée l’anthropocène.

La réalité est là : les déséquilibres profonds dans nos écosystèmes vont provoquer davantage de virus, mutants et autres bestioles à fort potentiel létal.

Il est dès lors logique de s’en prémunir, et si possible avec un « système d’opération » biologique qu’on peut mettre à jour, nous upgrader à l’aide d’une technologie qui interagit avec notre corps et nos cellules et les rendant aptes à résister et se battre contre cette nature devenue folle.


Bien sûr, on peut aussi renverser la question et se demander si c’est vraiment la nature qui est devenue folle. Ou si au contraire, elle essaye de se préserver elle-même et se protéger d’une espèce mutante qui la détruit.

Mais poser ainsi la question, c’est nous enfermer dans l’approche binaire « homme VS nature ».


Prenons un peu de recul : la vie, notre santé et ce que nous nommons « immunité » reposent sur un ensemble d’interactions complexes et des équilibres entre « nous-mêmes » et notre environnement (environnement dont nous faisons en réalité partie intégrante, raisons des guillemets).


La solution proposée par M. Bancel est dans un sens une fuite en avant, car nous ne rétablissons pas l’équilibre, nous courons juste plus vite que les virus.

L’astrophysicien François Roddier appelle ce phénomène « le paradoxe de la reine rouge », du fait que, pour rester sur place il faut courir de plus en plus vite.


Je ne doute pas que la technologie nous permettra de courir de plus en plus vite, mais on court juste pour maintenir artificiellement l’homéostasie de nos organismes.

Pourquoi ferions-nous ça ?

Pour sauver des vies, évidemment !


Oui, la vie est sacrée, il faut tout faire pour la protéger.

Mais toute la vie est sacrée, pas seulement celle des êtres humains.


Dès lors, l’alternative au paradoxe de la reine rouge consiste à respecter et à protéger toutes les formes de vies, c’est aussi simple que cela.

C’est évidemment complexe à mettre en place, mais posons-nous la question autrement:

Quel serait le prix à payer si nous ne le faisons pas ?


J’ai promis un exercice d’anticipation en ouverture de ce texte, nous y sommes ; je pousse le curseur assez loin dans le côté « dark », mais ça reste hélas de l’ordre du possible.


2050 : 95% des plantes, insectes et animaux sauvages ont disparu de la Terre.

Le réchauffement climatique a provoqué des migrations humaines massives, les océans sont acides et un nombre incalculable de virus et bactéries féroces assaillent les humains qui vivent retranchés : pour les plus fortunés dans des forteresses ultra-technologiques et pour le moins fortunés dans des bidons-villes insalubres.


Mais peut-on parler encore « d’humains » ? Le développement des technologies de type ARNm, couplées aux technologie CRISP CAS9 ont permis des avancées incroyables : le corps humain est devenu résistant à la plupart des pathogènes, au point où nous avons dû sacrifier nos propres microbiotes. Ceux-ci ont été remplacés par des colonies de bactéries artificielles connectées à nos propres systèmes de monitoring en réseau.

Nous avons également dû modifier notre propre ADN, changer l’une des bases (biosynthèse de la base Z), afin de rendre notre ADN incompatible avec le reste du vivant et nous protéger de cet essaim de virus tueurs.


Et ça a incroyablement bien marché pendant quelques années.


Mais la vie trouve toujours un chemin (oui, cette phrase vient de Jurassic Park), et des virus à base Z sont apparus de nulle part.

Fuite d‘un labo ? Mutation spontanée ? On ne le saura jamais.


Le fait est que la contre-attaque de la nature fût radicale et le mode opératoire de ce nouveau virus aussi simple qu’inattendu :

Une réaction en chaîne substituant l’ATP (adénosine triphosphate), rendant nos organismes incapables de produire son énergie. La mort s’ensuit très rapidement, on meurt « de faim » quel que soit la nature et la quantité d’aliments que nous ingérons.

Des analogues et inhibiteurs ont été injectés en urgence, mais sans succès, car cela revenait à détruire ce que nous devions protéger, sans recréer l’ATP pour autant.


A l’heure où j’écris ces lignes, les derniers humains tentent l’expérience ultime : le transfert de notre mémoire et la réplication de nos cerveaux dans des ordinateurs quantiques. Avec l’espoir que notre conscience y passe aussi.

Mais on ne le saura jamais, car nous ne serons plus là pour faire la différence.

Esprit, y es-tu ?

La prochaine fois j’écrirai la version heureuse de 2050, promis !


Photo by Tomas Ryant

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