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Virtuel est virtuel est virtuel par Katia Elkaim



Comme moi vous avez été abreuvés cette semaine par l’annonce du groupe Facebook de son changement de nom et du lancement du métavers (metaverse), cette expérience immersive que l’on nous promet et dans laquelle vous ne devriez pas être seulement spectateur virtuel mais également acteur virtuel au travers d’un avatar.

Dès l’annonce, je me suis pourtant souvenue de cet autre monde virtuel, Second life, dans lequel j’avais fait une brève incursion par curiosité, il y a plus de quinze ans déjà. Le principe était non pas de vivre sa vie à travers un monde virtuel, mais d’en vivre une deuxième en parallèle. Sauf que, ai-je appris en allant voir ce que ce monde était devenu, ce monde parallèle qui proposait finalement les mêmes choses que le monde réel en plus petit, avait subi tous les avatars (c’est le cas de le dire) du monde réel, puisqu’apparemment il a subi de plein fouet la crise des subprimes, à l’instar de ce monde-ci. Autant dire que la question se pose dès lors de savoir pour quelle raison, qui que ce soit voudrait subir tous ces inconvénients, dans la vie réelle - dette, relations sociales parfois décevantes ou compliquées - et dans la vie virtuelle.


Ce que l’on nous propose de nouveau, apparemment serait une expérience immersive, au moyen d’un casque de réalité virtuelle. En substance, la promesse serait de vivre non pas deux vies, la réelle et la virtuelle, mais une seule.


Or, on le sait bien, la vie physique reste incontournable, malgré toutes les promesses faites. Manger, boire, dormir sont des besoins primaires qu’aucun monde virtuel ne satisfera jamais.


Cela étant, si l’on pousse la réflexion presque jusqu’à l’absurde – ou peut-être pas – l’idée de ne vivre que dans le virtuel est-elle si nauséabonde ? À l’heure d’une crise climatique que l’on nous annonce majeure, à l’heure où tout ce qui fait le sel de la vie, les voyages, les rencontres, la fabrication du fromage, la plongée sous-marine, un bon bain chaud est générateur d’émissions de gaz à effet de serre et de pollution, la solution ne tient-elle pas dans la possibilité de vivre ces mêmes joies, mais de manière seulement imaginée ? Au fond quelle différence pour l’humain si la perception est la même ?


Je vois déjà les hauts cris poussés par vous, lecteurs de ce billet, qui allez me traiter d’hérétique, et me direz que la solution réside dans un changement de société où nous devons nous recentrer sur des valeurs plus locales et moins consuméristes.


Je repense du coup à cette scène de Matrix où l’un des protagonistes, après être sorti de son espèce de pod dans lequel il était maintenu dans une réalité virtuelle très virtuelle, trahit les purs qui veulent lui vendre un monde réel horrible et dégradé, mais réel, et fait un pacte avec le diable (des intelligences artificielles) pour retourner dans le monde virtuel finalement beaucoup plus agréable.

Sommes-nous en route pour intégrer la matrice ?

Pour tout vous dire, tout est absurde.


Le terme « meta », comme nous le savons tous, vient du grec et signifie au-delà. Cette préposition placée devant un mot a une signification fractale : metadonnée parle de données à propos de données. Une metadiscussion est une discussion à propos de la discussion. Tout peut être meta : c’est le summum du nombrilisme.

Un exemple d’humour auto-référencé tagué sur les murs de Paris :

"Things that I hate

  1. Vandalism

  2. Irony

  3. Lists"


Dans mes recherches sur le préfixe « meta », je vois qu’il s’agit d’une version moderne de « X is an X is an X », soit une manière emphatique de dire qu’une chose n’est rien d’autre que ce qu’elle est, la répétition est censée ici renforcer cette vérité.


La première à avoir utilisé cette tautologie est Gertrude Stein dans son poème « Sacred Emily » publié en 1922.

“Rose is a rose is a rose is a rose”

Ce vers a été écrit, selon les commentateurs, en référence à celui de Shakespeare dans Romeo et Juliette : « A rose by any other name would smell as sweet »


« Meta » est bien dans l’air du temps. On se centre sur soi et on se met au centre.


Je suis donc je suis donc je suis !


Photo by Alex K.

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