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Innovation ou innovation ?



La Suisse caracole en tête des classements en matière d’innovation. Qu’en est-il de la réalité du terrain ?


Par Leila Delarive


Notre petit pays réussit année après année à se hisser au firmament des classements européens et internationaux sur l’innovation et la compétitivité ; no 1 du Global innovation Index 2021 de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, no 5 du World digital competitivness 2022 établi par l’IMD, et de bien d’autres classements plus sérieux les uns que les autres.


Impressionnant. Permettez-moi toutefois de partager avec vous quelques constats du terrain, loin des considérations scientifiques des institutions qui établissent les classements précités, et fondés sur la réalité du terrain et des échanges avec divers acteurs économiques.


Tout d’abord, notons qu’en Suisse, il y a 598'772 PME, dont la majorité sont des micro-entreprises, qui comptent 1 à 10 employés (539'395) (Source : Statistique structurelle des entreprises STATENT, Etat des données: 25.08.2022).


Ensuite, la taille du pays, les clivages linguistiques et culturels cloisonnent les entreprises dans un périmètre géographique limité. Il est légion de commercer dans un district, dans un arrondissement, dans une ville ou un village. Rares sont les micro-entreprises qui ont des activités intercantonales, voire nationales. Elles ont un ancrage local, et parviennent à générer des revenus dans ce territoire très limité.


Compte tenu de cette proximité géographique, les micro-entreprises ont tendance à développer leurs affaires via un réseau très local, (chambres économiques ou centre patronal, réseaux d’affaires). Du reste, le bouche à oreille reste l’outil le plus prisé par nos micro-entreprises lorsqu’il s’agit d’acquérir de nouveaux clients.


On voit bien que la vie de la micro-entreprise en Suisse est plus confortable que la vie de celles qui évoluent sous des latitudes plus exotiques ou des mégapoles (offrir ses services ou ses produits à Los Angeles est autrement plus compétitif qu’à Lausanne ou Genève).


Tant de confort commercial est-il réellement propice à l’innovation ? Autrement dit, les micro-entreprises suisses sont-elles réellement prêtes à affronter les défis du futur (ce que les rapports classent sous le critère du « Future readiness ») alors que les conditions économiques en Suisse sont propices à favoriser un niveau de revenus confortable sans fournir d’efforts disproportionnés.


Combien de ces micro-entreprises ont-elles réellement réussi leur transition numérique ? Combien d’entre-elles utilisent les outils digitaux et les canaux de communication digitaux pour développer leurs affaires ? 15% du commerce global en Suisse se fait en ligne (ZHAW, Online retailer survey 2022), et moins de 50% des sociétés suisses utilisent les réseaux sociaux pour développer leurs affaires (OECD, The digital Transformation of SMEs, 2021).


Mais peut-on vraiment blâmer nos micro-entreprises lorsque la proximité géographique, la densité du tissu économique et le haut pouvoir d’achat ne poussent pas vraiment à saisir les opportunités que l’économie digitale offre pourtant ? À l’instar de la grenouille qui ne sait pas qu’elle est cuite, ne continue-t-on pas à nager dans une marmite sur le feu…jusqu’à mourir ébouillantée ?


N'y a-t-il en définitive pas un décalage entre les recherches institutionnelles, les classements annuels sur la compétitivité et l’innovation versus la réalité du terrain ? Le miroir aux alouettes ne risque-t-il pas d’occulter la capacité réelle de notre tissu économique à s’adapter aux changements majeurs que dicte l’économie digitale ?


Je suis personnellement moins optimiste que nos classements qui érigent la Suisse en super élève de l’innovation. J’ai eu l’occasion d’échanger au cours de ces quatre dernières années avec de très nombreuses micro-entrepreneurs, et force est de constater qu’ils n’ont pas encore saisi l’urgence de sortir des sentiers battus et de profiter des opportunités qu’offre l’économie digitale. On préfère en définitive encore boire un verre de blanc, partager un bon repas d’affaires, et signer des contrats sur un bout de table, car c’est la convivialité qui prime dans notre pays. A voir si cette convivialité permettra de résister aux changements systémiques à venir.


PS : j’ai tenté d’écrire ce texte avec Chat GPT, qui n’arrivait pas à sortir un texte cohérent sur l’état d’avancement réel de l’innovation en Suisse. Je dois vous dire que c’est autrement plus satisfaisant de faire travailler ses neurones que de retravailler bêtement un texte banal…et si la clé de l’innovation résidait dans la capacité de réfléchir autrement, sans artifice ?